TEXTE pour l'HISTOIRE

 

                   par Norodom Sihanouk

 

Beijing, le 17 Juin 2003

 

 

Tout d'abord, qu'il me soit permis de reproduire ci-dessous, en photocopie, le texte et les questions envoyés à Norodom Sihanouk et au BMD par Mr "Corbeau"-" Raven" (U.S.A.), le Samedi 14 Juin 2003 :

 

Sent: Saturday, June14, 2003 11:55 AM

Subject: Questions de l’Corbeau pour Sa Majesté NORODOM SIHANOUK et l’BMD

 

Sire, You have mentioned many times that Your Most Venerated Mother, Her Majesty Queen Samdech Preah Mahaksatriyani Sisowath Kossomak Nearireth Serey Vatthana was separated from You for a very long time following the infamous Putsch of Lon Nol in 1970...how did it happen that She remained in Phnom Penh while You and so many of Your Family were forced into exile?

 

How was She permitted to remain alive in Cambodia when all Royal Family members had been sentenced to death by the Nixon-Kissinger-Lon Nol Republic?

 

When were You finally able to see Her again? What conversations did You have together? ...or any other stories You may remember and wish to share for all those who are interested.

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I/- J'ai déjà donné explications et détails, très amplement, sur ma Mère, ma famille et moi eu égard aux problèmes créés à notre encontre par les Lonnoliens et autres Putschistes de Mars 1970. S'il vous plaît, veuillez lire ou relire, en particulier, mes précédents "textes pour l'Histoire", "Interviews avec le BMD", "Études cambodgiennes", etc..., ainsi que les différents Chapitres de mon livre "Le Calice jusqu'à la lie" publiés, les uns après les autres, dans le BMD (que reçoit régulièrement Mr "Corbeau"-"Raven"). Je ne peux pas me répéter tout le temps. Si je dois continuer à écrire pour l'Histoire, qu'on me permette de ne pas revenir tout le temps sur ce que j'ai déjà raconté et expliqué non pas une fois mais plusieurs fois. Je n'ai plus  longtemps à vivre. Et je dois faire connaître à mes Compatriotes et aux autres ce qui me reste encore à dire. Et il me reste encore beaucoup de sujets à traiter. Qu'on ait pitié de moi ! Et qu'on ne me rende pas plus malade et plus faible encore en me demandant des détails et des explications que j'ai déjà donnés et redonnés.

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II/- LON NOL, SIRIK MATAK, SIM VAR et Cie, avant leur Coup d'Etat anti-Sihanouk et anti-Monarchie khmère, bénéficiaient d'une grande affection et d'une maternelle protection de ma Mère. Mais, sans l'avouer publiquement avant leur Putsch, ils avaient choisi de me vouer une haine extrêmement profonde. A ce sujet, je me suis livré, maintes fois, à un examen de conscience. Qu'est-ce que j'avais fait, dans les décennies 1950-1960, pour qu'ils me détestassent ainsi ? Mr "Corbeau"-"Raven" pourrait obtenir la ou les réponses à cette question des Lonnoliens survivants qui se trouvent aux USA (son Pays) ou au Prince Sisowath Sirirath qui parle et écrit couramment l'Anglais et qui avait choisi le camp de Lon Nol et servi la "République Khmère" avec compétence, intelligence et dévouement.

 

Moi, je n'ai pas à me justifier tout le temps.

 

Même à l'heure actuelle (en 2003) au Cambodge, il y a de hautes personnalités qui me détestent très fort, sans l'avouer franchement. Ce n'est pas à moi, Sihanouk, d'expliquer à Mr "Corbeau"-"Raven" pourquoi ces hautes personnalités khmères de la "nouvelle ère" me haïssent. Mr "Raven"-"Corbeau" pourrait s'adresser à ces hautes personnalités khmères se trouvant à Phnom Penh pour obtenir les explications désirables. Car moi, je ne sais pas quelles fautes j'ai commises à l'encontre de mon Pays et son Peuple pour qu'on me haïsse ainsi.

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III/- Pourquoi LON NOL et sa Clique n'avaient-ils pas permis à ma Mère de s'exiler en Chine pour vivre le restant de Sa pauvre vie avec moi ?

 

C'était sans doute pour faire souffrir moralement, au maximum, et ma Mère et moi-même (une telle méchanceté n'est pas du tout conforme à l'Enseignement du BOUDDHA) que LON NOL et sa Clique avaient décidé de refuser à ma Mère le droit de quitter le Cambodge pour rejoindre son unique Fils en Chine, Norodom Sihanouk condamné à mort, à la confiscation de tous ses biens et même de sa nationalité cambodgienne.

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J'ai déjà dit et écrit plusieurs fois qu'en 1973, LON NOL et sa Clique durent s'incliner devant la décision de leur Patron, le Président Richard NIXON des USA de faire plaisir à son nouvel et très important Ami, le Premier Ministre CHOU EN-LAI de la RPC, en permettant à ma Mère (mourante) de quitter la "République Khmère" pour venir mourir auprès de son unique Fils, Norodom Sihanouk.

 

Le Président NIXON savait fort bien que si ma Mère devait mourir au Cambodge après que Sa requête pour l'exil fût rejetée d'une façon inhumaine par Lon Nol et sa Clique, ce serait terrible pour les USA et le régime de leurs protégés, les Républicains, déjà aux abois face aux Khmers Rouges qui réussissaient déjà (en cette année 1973) à conquérir 80% (mais oui !) du territoire national du Cambodge.

 

Quelle réputation auraient alors, face au Monde, les USA "Champions de la Liberté et des Droits de l'Homme" ainsi que leur Protectorat dit "République Khmère" si on refusait à une ancienne Reine (déposée illégalement), très âgée, très digne, très aimée du Peuple khmer, n'ayant fait que du bien, n'ayant fait aucun mal, si on Lui refusait, dis-je, de revoir son unique Fils avant de rendre son dernier soupir ?

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IV/- Il n'est pas vrai qu'on a forcé mes enfants à s'exiler.

 

La preuve est que ma fille aînée (la Princesse BUPPHA DEVI) avait pu rester auprès de ma Mère, à Phnom Penh, jusqu'à son envol par avion Air France (affrété par la RPC) de Pochentong Airport à Canton Airport. BUPPHA DEVI accompagnait ma Mère dans ce voyage en Avion.

 

Mon autre Fils, NORODOM NARADIPO, pourtant éduqué à Pékin, choisissait de rester au Cambodge, et cela, jusqu'à sa mort sous les massues et les haches de Pol Pot, en Avril 1975.

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V/- Quand ma Mère, en 1973, arriva à Canton, elle était mourante. Mais, grâce à la compétence sans égale, à l'amitié incomparable et au dévouement sans borne des Médecins et Infirmières de la RPC, ma Mère put survivre jusqu'au 27 Avril 1975.

 

Mais, même dans sa survie, ma Mère avait déjà, d'une façon irréversible, perdu Son intelligence, Sa lucidité, Sa mémoire.

 

Comment, dans ces conditions, peut-on imaginer que Sa Majesté ma pauvre Mère pût avoir des conversations intéressantes avec moi ou autre ?

 

En toute loyauté, je dois dire, encore une fois, que ma Mère n'était plus en état d'échanger avec moi ou autre des souvenirs, des points de vue, des renseignements ou de simples nouvelles.