SOUVENIR
Mrs Jacqueline KENNEDY au Cambodge
par Norodom Sihanouk
Beijing. le 12 Juin 2003
Novembre 1967
Visite amicale et historique de la veuve de l'illustre Président John Fitzgerald KENNEDY au "Cambodge de Sihanouk".
L'ex-Première Dame des U.S.A. était accompagnée de quelques amis
Américains tous et toutes très distingués et courtois.
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Je décidai de recevoir la très célèbre, populaire, belle, élégante et très courtoise Jacqueline KENNEDY comme si Elle était une Reine.
D'ailleurs, notre Peuple et notre Jeunesse m'approuvaient, en cela, de par leur accueil massif et d'un enthousiasme extrême réservé à Madame Kennedy, partout où Elle se rendait, tant à Phnom Penh qu'à Siemreap-Angkor et Sihanoukville.
Au Palais Royal de Phnom Penh et à la Résidence Royale de Siemreap, Elle occupait les appartements auparavant réservés au Général de Gaulle de France.
Partout, ma femme (la Princesse Monique) et moi l'accompagnions et prenions grand soin d'Elle. Au Palais Royal de Phnom Penh, mon auguste Maman (S.M. Preah Moha Ksatriyani SISOWATH KOSSOMAK) la traitait également en Reine et toutes deux (Jacqueline et ma Mère) se tenaient la main avec une affection et une sympathie réciproques évidentes. Ma Mère montrait avec joie et fierté à Jacqueline Kennedy le Ballet Royal Khmer, Son arrière-petite-fille préférée SOMA (fille de Sa petite-fille préférée Buppha Dévi) et son précoce talent de danseuse de ballet ... occidental, et, last but not least, l'éléphant blanc (encore vivant) du jeune Roi Sihanouk. Ma Mère invita Madame Kennedy à donner à cet éléphant blanc porte-bonheur les meilleures bananes de Son royal jardin.
A Sihanoukville, la plus récente réalisation du SRN : une très belle avenue reliant la ville à 0 Chheuteal, fut baptisée "Président JOHN FITZGERALD KENNEDY" et inaugurée en grande pompe par Mrs KENNEDY.
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Pourquoi tant d'honneurs exceptionnels pour Jacqueline Kennedy ?
Les raisons pour lesquelles je réservais un traitement de Reine à JACQUELINE KENNEDY étaient et sont les suivantes :
1/- La mort tragique de son illustre mari qui la rendait si malheureuse m'avait également attristé, parce que le Président John F. Kennedy et moi, dans la décennie 1960, avions noué des liens d'amitié: notre première et dernière rencontre eut lieu dans le salon de ses appartements de l'Hôtel Waldorf Astoria (Hôtel où je logeais également). Nous assistions, tous les deux, à la nouvelle session de l'Assemblée Générale des Nations Unies.
2/- J'étais très touché par le geste d'amitié de Jacqueline Kennedy pour un Cambodge qui avait osé, en 1963, rejeter l'aide multiforme de l'Oncle Sam, et, en 1965, rompre les relations diplomatiques avec son grand et très puissant Pays.
C'était un geste de pure et sincère amitié.
Selon les suppositions et spéculations de certains Khmers et Etrangers, Jacqueline Kennedy était secrètement chargée par "WASHINGTON D.C." de me sonder aux fins de savoir si USA et Cambodge pourraient renouer entre eux les liens diplomatiques.
Au cours de tout son séjour au Cambodge, Mrs Kennedy n'osait jamais me parler "politique". Elle s'intéressait véritablement à la Civilisation Khmère Angkorienne. Et c'était tout.
3/- Je connaissais fort bien les sentiments des Lon Nol, Sirik Matak, Sim Var et leurs semblables: ils étaient tous tellement pro-Américains qu'ils ne me pardonneraient pas de ne pas réserver le meilleur accueil à la veuve de leur grand Héros J.F. KENNEDY.
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4/- De par son immense popularité et son indéniable prestige tant aux USA que sur le plan mondial, la Veuve du Président John Fitzgerald KENNEDY était, malgré Elle, précédée et accompagnée au Cambodge du SRN par d'innombrables journalistes et équipes de radio et télévision américains, européens, asiatiques, australiens, etc... . C'était là une excellente occasion pour moi de montrer à ces mass média du monde entier tout ce que le SRN était capable de faire pour la Patrie, le Peuple et la Jeunesse khmers. Le Cambodge s'aidait lui-même.
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En ce qui concerne l'oeuvre d'édification nationale du SRN et nos progrès tangibles réalisés dans tous les domaines de cette édification, j'ai invité Mrs KENNEDY, ses amis et la "grande armée" des journalistes et reporters Radio-TV à visiter, accompagnés par moi-même, l'Exposition Permanente des Réalisations du SRN au "Front du Bassac", non loin du Palais Royal.
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Après le Coup d'Etat de Lon Nol - Sirik Matak - Chéng Héng - In Tarn – Sim Var - Trinh Hoanh, en date du 18 Mars 1970: Mrs JACQUELINE KENNEDY a montré qu'Elle était vraiment une très très grande Dame. A chacun de mes Birthday Anniversaries (Anniversaires de naissance), le 31 Octobre, Elle ne manquait jamais (et cela jusqu'à la veille de sa mort, par suite d'un cancer, Lymphome B, tout comme "mon" cancer, Lymphome B) de m'adresser une lettre manuscrite de voeux, pleine d'affection et d'estime. Elle gardait toujours un souvenir vivace, ému et reconnaissant de son séjour au Cambodge, en Novembre 1967, et de mon accueil en hommage à Elle et à la Mémoire du Président J.F. Kennedy.
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Voici, pour finir, des Extraits du compte-rendu, publié en Décembre 1967 dans la revue mensuelle "KAMBUJA" (SRN), concernant mes réponses à la presse internationale présente à Phnom Penh, lors du séjour historique de Madame Kennedy : "Des spéculations concernant la présente visite de Madame Kennedy. On a écrit que Sihanouk comprend que les Etats-Unis sont les plus forts et qu'ils risquent de gagner la guerre. Aussi maintenant il s'écarte de la Chine qu'il croyait victorieuse pour faire des avances aux Américains qui pourraient le protéger. On oublie un peu vite que Sihanouk n'aime pas les protecteurs. Jadis les Français qui l'avaient fait Roi ont pu s'en convaincre. (...) Nous avons accueilli avec joie Madame Kennedy parce qu'Elle est une très grande dame et parce que nous admirions beaucoup l'éminent Président assassiné. On a écrit que nous nous étions réjouis de la mort de J.F. Kennedy. Rien n'est plus faux. Car l'on sait que nous avions alors décrété trois jours de deuil national. En fait, chaque année qui passe nous fait regretter davantage le Président Kennedy, sa loyauté, son libéralisme, son respect de la vie humaine".
(à suivre)