CORTEGE ROYAL

 

 

UN FILM DE

NORODOM SIHANOUK

Commentaire de Robert AUBRY-LACHAINAYE

 

Roi,

Au sein d'une merveilleuse nuit,

Tes enfants te saluent

Et ils saluent à travers toi ce Royaume né des amours de

Mara, la nâgi, déité du pays des Eaux, et du maharsi Kambu

venu de la mer.

Roi,

Connais ton Royaume

Etranger,

Découvre le Cambodge -Kambuja -le fils de Kambu!

 

Le rotin de justice précède l'emblème national encadré par les enseignes de la Royauté, de bleu, d'or et de pourpre. Et la légende est frappée au creux de l'étoffe: blanc cheval cabré qui protégea, antan, un Roi paralytique, le tirant à la fois de son mal et du combat.

 

D'une composition immuable à travers les siècles, l'orchestre Pin Peat ouvre la procession royale et les xylophones égrènent à petites notes sèches le thème d'un air appelé « Krao Nâk»

 

Majestueuses, la Justice et sa soeur la Discipline s'avancent au pas des porte-rotins.

 

Les fanions frappés des sinuosités de la scolopendre cherchent un reflet aux boucliers des gardes porte-sabres.

 

 

Roi.

Connais ton Royaume

Roi,

Connais tes enfants !

Ceux-là sont venus du Nord-Est ; ce sont les Khmers-Khuoys de la région de Kratié.

Ils vont d'un village à l'autre, et chaque communauté ne se rend qu'après un simulacre de combat. La Forêt proche éclate à coups de mèches sur les fantasmes des boucliers de roseau.

 

Le Dragon a remplacé la scolopendre au guidon du porte- fanion. L’animal mythique doit aussi associer son imagerie à l'hommage rendu au Monarque. Et, dans cette nuit où le passé et le présent se confondent, qui est le réel et qui est l'immatériel ?

 

Les esprits eux-mêmes sont conviés au cortège; les gongs des Khmers-Loeu leur font escorte depuis les lointaines montagnes aux noms étranges:... Rattanakiri... Mondolkiri...

L’homme chasse

La femme besogne aux champs

Et la nature les unit.

 

      

Kambuja, né de Mara la déité des Eaux et de Kambu venu de la mer... Le serpent de mer étire les écailles de son corps sur les oriflammes qu'il écartèle comme il écartèle la pierre des Temples.

C'est le « Mokâr» omniprésent, et qui se love jusque dans la chorégraphie classique.

 

Les Khmers-Islam musulmans paradent maintenant et, frappant ou cognant, martèlent leur dépaysement sur les peaux tendues de leur yiké.

 

Petits gongs, crotales, cymbales, masques aux expressions naïves, voici les danseurs de Chhayam, du nom du long tambour qui ponctue leurs burlesques déhanchements.

Les gais lurons engendrent la bonne humeur et leur farce ne connaît pas de tabous.

Qu'importe si l'esquisse de leur pavane amoureuse est grotesque... c'est là du folklore, de l'imagerie populaire à l'état pur.

 

Roi

Pour toi résonne le tambour de la victoire,

A chaque coup de maillet, la mâchoire du Reahou se referme davantage sur la proie qu'il dévore... la lune.

Roi

Pour toi retentit le gong de la victoire

Le triomphe de ton règne prend ici des accents de bronze.

 

Présence temporelle d'une monarchie aux célestes traditions, voici que s'avancent dans leurs palanquins le Premier Ministre et ses féaux: les Ministres de la Guerre, de la Marine, de la Justice et du Palais.

La morgue qu’ils affichent est l'image même de leur puissance:

Le Roi est Dieu... ils sont des hommes!

 

Les Bakous, ou Brahmanes du Palais, avancent à pas mesurés.

En agitant les Ping Peangs, ils suggèrent au Souverain les bruits de la nature recueillis aux quatre points du Royaume.

D'autres Bakous portent la conque marine au son de laquelle ils donneront tout à l'heure le signal des divers rituels de la cérémonie.

 

Roi

Tous ceux qui croient en toi, qui t’aiment et te vénèrent sont là

Que ton Auguste Personne daigne paraître

 

Les portes d'or et de lumière, en s'ouvrant, donnent au peuple la communion du coeur.

Roi

Va vers lui, avec tes dix pages

Gracieuse Reine

Jeune mère d'un si vieux Royaume,

Précède tes suivantes

Et marche vers tes sujets !

 

Les sept parasols, protecteurs du Trône, se veulent à l’image du Temple-Montagne et comme le mont Méru qui fait communiquer la terre et le ciel.

 

L’épée sacrée, la carafe d'or, la coupe porte-chaussons, le lion porte-mouchoir disputent, la lumière au chasse-mouche, au briquet et à l’éventail.

 

Les portes d'or se referment lentement

Et voici que le tambour de la victoire met en mouvement le céleste ballet des Apsaras messagères de bonheur, pour leur offrande dansée des fleurs d'or et d'argent.

 

En ce jour, ô combien faste, de Victoire

Les Anges des célestes Paradis

Dansent devant toi, ô Roi

 

En ce jour, ô combien faste, de Victoire

Les Anges des célestes Paradis

Dansent pour que tu connaisses la gloire, ô Roi

 

En ce jour, ô combien faste, de Victoire

Les Anges des célestes Paradis

Dansent pour que longue soit ta vie et pour que  long soit ton règne.

 

Et les Bakous embouchent leurs conques                                                   

De la fin de cette nuit merveilleuse, est-ce donc le prélude?

 

Au dernier signal de la conque, tous les instruments lancent vers le ciel leur écho d'allégresse.

Et puis, le cortège reformé reprend sa majestueuse marche vers la nuit égalisatrice de couleurs et de formes, de temps

et d'espace, de réel et de suggéré, de présent et de souvenir...

 

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A Film of NORODOM SIHANOUK

Commentary by Robert AUBRY-LACHAINAYE

 

King,

At the heart of a wonderful night,

Your children salute you

And through you they salute this Kingdom born of the loves of Mara, the Naga, deity of the land of the Waters, and of maharsi Kambu, who arose from the sea. .

King,

Know your Kingdom,

Stranger

Discover Cambodia-Kambuja-son of Kambu!

 

The seat of justice precedes the national emblem draped in the ensigns of Royalty, blue, gold and purple. The legend is struck in the hollow of the cloth: a white horse rampant, which protects, in the past, a paralytic King, drawing him at the same time from his illness al1d from combat.

 

Of an unchangeable composition since centuries, the Pin Peat orchestra opens the royal procession and the xylophones pick out in little dry notes the theme of an air entitled « Krao Nak".

 

Majestuous Justice and her sister Discipline advance with the throne carriers.

 

The flags bearing sinuous centipedes look for their reflections in the sword-bearers shields.

 

King,

Know your Kingdom

King,

Know your children!

These are from the North-East: those are Khmer Khuoys from Kratie.

  

They are going, from one village to another, and each community only surrenders after, a simulated combat. The nearby forest bursts with match strokes on the hallucinations of the reed shields.

 

The dragon has replaced tl1e centipede on the flag carrier's pennant.

The mythical animal should also associate his imagery with homage rendered to the Monarch. And, during this night in which the past and present are confused, which is the real and which the immaterial?

 

The spirits themselves are invited to the cortege; the Khmer Loeu gongs escort them from the far mountains with strange names... Rattanakiri... Mondulkiri...

The man hunts

The woman works in the fields

And nature unites them.

 

Kambuja, born of Mara the deity of the waters and of Kambu arisen from the sea… The sea serpent stretches the shells of his body on the oriflammes which he tears to pieces like he tears the Temple stones to pieces. It is the omnipresent « Mokar», which enters into the classical choreography.

 

The Khmer Islam Muslims now parade and beating or knocking, hammer their removal from their element on the stretched skins of their yiké.

 

Little gongs, castanets, cymbals, masks with naive expressions, here are the Chhayam dancers, with the long drum which punctuates their burlesque swinging.

The jolly fellows breed good humor and their farce knows no tabus

No matter if the sketch of their dance of love is grotesque… there is folklore and popular imagery in its pure state.

 

King,

The drum of victory is sounding for you,

At each stroke of the mallet, Reahou's jaw closes more in the prey he is devouring … the moon

King,

The gong of victory is sounding again for you

The triumph of your reign takes on accents of bronze here.

 

King,

One of the palanquins destined to raise you up to your true place, above the men, precedes the great palanquin on which you will soon take your seat, if that is your wish for your choice is supreme.

King

You will dictate this choice.

As for you, Queen.

Mother of the Kingdom,

The people's smile,

Wife of the most noble,

You will be the jewel placed in the casket of this supreme palanquin.

 

And the gracious dance of the peons

Originating from Pursat

Adds to the sonorous impression the melodic simplicity of a khloy.

 

Enclosing the cortege… the traditional Khmer music mingles the «tro» sobs of the little two-stringed violin and the unending Chapey staccato, a sort of triangular guitar with a long carved body.

 

The great blue flags wave gently during the wonderful night.

 

King

All who believe in you, who love you and venerate you, are there.

So that your August Person deigns to appear!

 

The gates of gold and light, opening, join the people to the heart.

King

Go towards him, with your ten pages

Gracious Queen

Young mother of such an old Kingdom

Precede your followers

And march towards your subjects!

 

 

 

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