PREMIÈRE PARTIE - CHAPITRE 1
Tombé des nues
Depuis Avril 1941, date à laquelle la France me fit Roi du Cambodge, je n’avais jamais connu une détresse morale comparable à celle que m’infligèrent des hommes qui me devaient tout : rang, honneur, fortune.
Je dois confesser que je n’avais jamais imaginé que mon « bras droit », Lon Nol, ancien gouverneur de province dont l’ascension vertigineuse depuis la Croisade royale pour l’Indépendance (1953) le hissa au rang des plus hautes personnalités du Royaume (Commandant en chef des Forces Armées Royales, responsable de la Police, Premier ministre) ; que mon cousin le prince Sirik Matak ; que « mes » députés, élus sur le programme de mon parti et en se recommandant de moi auprès de notre peuple ; que « mon » armée, enfin, dont naguère je disais à la presse étrangère qu’elle était la seule dans le tiers-monde à ignorer ce qu’était un « putsch » ; que le clergé bouddhique, qui, sous ma protection zélée et fervente, prospérait comme nulle part ailleurs - que tout ce monde, dis-je, pût me trahir et profiter de mon absence pour me renverser, poursuivre de sa haine la Reine, ma mère, (qui avait tant fait pour eux et dont la conduite était irréprochable) et mettre fin à l’existence d’une monarchie millénaire, garante de la pérennité de la nation et de la patrie.
J’avais l’habitude, en tant que chef d’État, de tenir tête aux plus grandes puissances et de parler d’égal à égal avec les « grands » de ce monde. La veille du coup d’État de Lon Nol et Sirik Matak, je conversais encore en toute égalité avec Leonid Brejnev, maître de l’Empire soviétique...
Et puis, tout à coup, dans cette ville de Moscou où j’avais tant besoin, pour l’honneur et l’intérêt de mon pays, de conserver mon rang face aux dirigeants soviétiques, je me retrouve désavoué, vilipendé, traîné dans la boue par le Gouvernement et le Parlement de mon pays.
Même vis-à-vis de ma suite, j’ai 1’impression d’être ridicule : tous mes compatriotes à Moscou étaient au courant de ma déchéance depuis plusieurs heures, mais personne n’avait osé m’en informer. C’est M. Kossyguine qui me communique la nouvelle de ma « destitution » par le parlement khmer... dans la limousine qui nous conduit à l’aéroport.
Le Premier ministre soviétique me demande quelles sont mes intentions, compte tenu de la « nouvelle situation ». Je lui réponds : « Je n’accepte pas le fait accompli à Phnom Penh. Ma destitution est illégale au point de vue constitutionnel (1) et moral. Moral, parce que je n’ai commis aucune faute contre ma patrie : ceux qui la trahissent sont les putschistes et leurs complices, qui livrent leur pays aux Américains, renonçant ainsi à l’indépendance nationale. Je vais lutter contre eux et l’impérialisme américain, à la tête de tous les patriotes khmers, jusqu’à la victoire finale, même si cette lutte doit être longue. La cause que je défends est juste : elle triomphera ».
A l’aéroport, un avion spécial (un quadriréacteur Ilyouchine 62, luxueusement aménagé), est mis à ma disposition pour me transporter à Pékin.
M. Kossyguine m’accompagne au pied de la passerelle. Malgré son air habituellement bourru, il me serre très chaleureusement la main et me dit : "Vous êtes le chef légal de l’État du Cambodge. La lutte que vous allez mener pour rétablir l’indépendance et la neutralité de votre pays est une juste lutte, qui se terminera par la victoire. Soyez assuré du plein soutien de l’Union Soviétique. Demain, vous serez à Pékin. Vous verrez quelle sera l’attitude des dirigeants chinois à votre égard. Ils vous ont fait croire, avant le coup d’État d'aujourd'hui, qu’ils étaient vos meilleurs amis et votre soutien le plus sûr. Maintenant que vous êtes victime d’un « putsch », ils se montreront à vous sous leur vrai jour. L’Union Soviétique, elle, sera toujours à vos côtés ».
M. Kossyguine me paraît, ce disant, tout à fait sincère. Je ne tarderai pourtant pas à m’apercevoir que l’URSS, malgré ses promesses, m’abandonne pour voler au secours des Lonnoliens victorieux.
À bord de l’appareil, je reste de longues minutes sans voix et sans réaction, écrasé nous le poids du malheur. Je croyais que mes compatriotes s’appuieraient indéfiniment sur moi pour assurer la pérennité de notre indépendance nationale, de notre neutralité et de notre paix. Ces deux dernières, pour n’être pas parfaites, n’en étaient pas moins réelles et appréciées, tant de notre peuple que de la communauté internationale.
Au lendemain du coup d’État, Jean Lacouture écrit dans le « Nouvel Observateur » que les putschistes (qu’il connaît bien) sont des « aventuriers de petit calibre » et me reproche vivement d’avoir fait confiance à un homme aussi médiocre et corrompu que Lon Nol (2).
À partir de 1973 et jusqu’à la défaite d’Avril 1975, les Américains eux-mêmes, inspirateurs et alliés des Lonnoliens, avoueront qu’ils ont aidé et soutenu des gens incapables, des prévaricateurs, ne possédant aucun sens des réalités et des opportunités. Ils auront eu à leur service un certain nombre D’intellectuels, mais aucun homme d’État digne de ce nom, ayant une vision claire des problèmes nationaux et internationaux.
Un hommage inattendu m’a été rendu par Bernard Krisher, journaliste américain de talent et grand connaisseur des problèmes asiatiques, qui écrivait dans le numéro du 9 Mars 1979 (peu après ma libération) du quotidien japonais « Asahi Evening News » : « Sihanouk domine de la tête et des épaules tous les autres hommes politiques cambodgiens ». Et Anthony Lewis, du New York Times, écrit à la même époque « qu’aucun gouvernement khmer ne peut prétendre à la légitimité » sans mon soutien (3).
En 1980, un intellectuel nationaliste khmer écrira dans son journal parisien que « Sihanouk a commis beaucoup d’erreurs et de fautes », mais que les Cambodgiens étaient forcés de constater que Sihanouk était le seul homme politique khmer de « classe internationale » et qu’en conséquence, on était obligé de l’utiliser provisoirement, ne serait-ce que sur le plan international, en attendant de se débarrasser de lui quand un meilleur sujet se manifestera chez nous.
Je ne cite ces faits que pour que l’on puisse mesurer l’étendue de mon désarroi et de ma consternation, le 18 Mars 1970, à bord de l’avion soviétique qui m’emmenait à Pékin...
À ce moment-là, je ne comprends pas comment les événements de Phnom Penh ont pu survenir. Je ne comprends pas que les « grands du Royaume », qui devaient tout, non à leur valeur ou leur talent, mais à ma protection et à celle de la monarchie, osent se passer de moi pour aider notre fragile vaisseau à naviguer entre les récifs mortels de la guerre américano-vietnamienne (en attendant qu’un accord intervienne qui, selon ma ferme conviction, mettra fin à cette guerre).
Mes anciens « lieutenants » n’ont pas étudié l’attitude, toute de prudence, de la Thaïlande, qui, loin de se jeter dans l’incendie qui ravage ses voisins, manoeuvre adroitement, ne nage jamais à contre-courant, suit invariablement le vent dominant - ce qui lui permet de sortir à peu près intacte de tous les drames de la péninsule indochinoise.
Dans les années 60, je ne cessais, dans mes allocutions et discours, de prévenir l’opinion khmère que l’acceptation des aides américaines amènerait l’irruption sur notre territoire de la guerre vietnamienne. Les Américains, en effet, ne donnent rien pour rien. Ils considèrent leurs obligés comme leurs alliés sur le plan militaire, c'est-à-dire qu’ils voient en eux une chair à canon finalement peu coûteuse qui économisera la précieuse vie de leurs « boys ». Parallèlement, les Vietnamiens rouges n’auront plus aucun scrupule à traiter les Khmers en ennemis et à sortir de leurs quelques sanctuaires frontaliers pour porter le combat sur toute l’étendue du Cambodge.
Lorsque je tenais ce langage, mes compatriotes favorables à Lon Nol et Sirik Matak chuchotaient qu’un Cambodge acceptant les aides américaines ne se mettrait nullement en danger et resterait aussi « inviolé » que la Thaïlande pro-américaine. Ils ignoraient tout simplement la géopolitique...
Après les échecs successifs (et irrémédiables) de la « République khmère », certains journalistes écriront que j’étais en fait le grand responsable de ces échecs, puisque pour pouvoir « régner sans partage », je n’aurais choisi que les plus médiocres hauts fonctionnaires et intellectuels khmers pour constituer l’armature du gouvernement et de l’administration. Ils iront même jusqu’à m'accuser de ne pas avoir initié mes collaborateurs à l’art de « bien gouverner » et de « bien manœuvrer » au plan international.
Ces reproches sont infondés. J’aurais, en effet, vivement souhaité ne pas sentir constamment sur mes épaules le poids de toutes les affaires publiques, grandes ou petites. J’aurais aimé, dans certaines circonstances, pouvoir compter sur des ministres ou fonctionnaires, non seulement fidèles, mais capables et surtout entièrement dévoués au service de l’État.
Tous les intellectuels qui, à un moment ou un autre, ont fait partie de mon gouvernement, ont été envoyés en stage ou en mission à l’étranger. Il en a été de même pour les hauts fonctionnaires occupant des postes-clés. Le drame, en l’occurrence, a été que ces intellectuels ou hauts fonctionnaires, si cultivés soient-ils, ou bien servaient discrètement une idéologie ou une puissance étrangères, ou bien servaient, remarquablement du reste, leurs propres intérêts au détriment de ceux de l’État...
Quant à ma « science » en matière politique et diplomatique, je pouvais d’autant moins l’enseigner que je n’ai jamais agi, dans ces domaines, que selon ma seule intuition et mon seul « flair », qui sont bien entendu incommunicables.
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A bord de l’avion présidentiel, je finis par récupérer mon sang-froid. Je consulte mes deux collaborateurs et compagnons de voyage, Samdech Penn Nouth et le général Ngo Hou. Ils tombent vite d’accord avec moi pour contester la validité de ma déposition illégale et inconstitutionnelle (voir la postface de mon précédent livre : « Souvenirs doux et amers ») et pour inviter solennellement la nation khmère à ne tenir aucun compte des lois, règlements et autres décisions des Putschistes . Je m’empresse de rédiger une proclamation en ce sens que le gouvernement de la République Populaire de Chine me permettra de lire, le lendemain 19 Mars, sur les antennes de la Radio de Pékin.
Certaines personnes qui ont écrit sur la guerre américaine au Cambodge ont prétendu qu’entre le 18 Mars et le 23 Mars 1970 (jour où je ferai une seconde proclamation officialisant la Résistance nationale contre les Américains et leurs protégés khmers de Phnom Penh), j’aurais beaucoup hésité entre me réfugier en France ou présider un mouvement de lutte armée. Elles ont laissé entendre en outre que la Chine elle-même était restée très indécise sur le fait de savoir s’il fallait soutenir... ou lâcher Sihanouk. Tout cela est strictement contraire à la vérité historique.
Je dois confesser qu’avant la funeste journée du 18 Mars, je rêvais de terminer ma carrière politique dans mon pays, en patriarche entouré de l’affection des siens. Cela explique pourquoi je n’avais mis en sûreté à l’étranger aucune partie de ma modeste fortune.
J’avais certes envisagé d’autres fins possibles, y compris l’assassinat par un fanatique ou un agent de l’étranger. Mais ma « destitution », je n’y avais jamais songé.
C’est cette fin de carrière lamentable et honteuse qui m’a fait le plus souffrir. J’y vois une injustice insupportable - et chacun sait que l’Asiatique en général et le Khmer en particulier possèdent un sens aigu de l’honneur et détestent au plus haut point l’injustice.
Traîtres à la parole donnée, mais avant tout parfaitement injustes, sont ceux qui, me devant tout et ne pouvant en aucun cas se prévaloir de représenter la nation et le peuple khmers, m’ont traîné sur le banc d’infâmie et donné aux historiens le droit d’écrire que Norodom Sihanouk termina sa carrière « destitué par ses compatriotes »...
Et pourtant, les régimes qui m'ont succédé (Lon Nol, Pol Pot, ) ont l’un après l’autre lamentablement échoué. Ils ont assassiné et enterré la Monarchie, symbole de notre unité nationale. Ce faisant, le Cambodge aura tout perdu : honneur, dignité, indépendance, souveraineté, intégrité territoriale, progrès, paix, prospérité. Notre peuple, que ces régimes affirmaient vouloir libérer du « Joug insupportable des Rois », aura perdu tous ses droits, toutes ses libertés.
Sihanouk « destitué », ce devait être 1’âge d’or pour mes compatriotes. Ce fut une interminable suite de malheurs, un hallucinant cortège de millions de morts, 1’occupation étrangère pour finir...
Certains observateurs, trop rares, se refusèrent toutefois à hurler avec les loups. J’en trouve un exemple, dans cette dépêche d’Associated Press (Singapour) du 19 Mars 1970 : « un diplomate occidental à Singapour, prié de commenter la déposition de Sihanouk, compara l’événement à la chute de l’ancien Président français de Gaulle. « Il a fait beaucoup pour son pays et pour son peuple et il restera toujours dans les mémoires pour cela ».
Un hommage d’une rare qualité me fut rendu le 16 Avril 1970 par le Sénateur Mike Mansfield qui déclara devant le Sénat américain : « ce qui pendant quinze ans avait été la seule oasis de paix en Indochine a été transformé en un mois en un champ de bataille sanglant ( ... ) Le conflit inclut déjà potentiellement un affreux génocide par l’action d’une populace excitée par le gouvernement contre les centaines de milliers de civils vietnamiens - pour la plupart fermiers, pêcheurs et commerçants - qui avaient vécu de longues années dans une paix raisonnable au Cambodge. En bref, la boîte de Pandore qui était restée fermée par l’autorité et la diplomatie du prince Sihanouk est maintenant toute grande ouverte. Pendant des années, le Cambodge a été dans « l'œil » de l’ouragan indochinois, maintenant il est emporté dans la pleine furie d’une tempête raciale, idéologique et militariste ».
Le Sénateur Mansfield, auquel j’ai toujours voué la plus grande admiration, n'a pas été entendu. Et pourtant, quelle lucidité dans sa déclaration, qui a été pour moi, dans ma souffrance, un véritable baume !
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(1) - Extraits de la Constitution du Royaume du Cambodge :
Article 35 : « La personne du chef Suprême de l’État est sacrée et
inviolable ».
Article 53 : (Serment des membres du Parlement) : « Je jure d’être
fidèle au Roi (ou chef de l’État) et à la Constitution. »
Article 122 : précise que le chef de l’État jouit des prérogatives royales.
(2) - Jean Lacouture (Nouvel Observateur), écrit :
« Un groupe d’aventuriers de petit calibre tente, en jouant son va-tout, de souder le petit royaume à un ensemble stratégique dominé par les Services Spéciaux américains et thaïlandais de Bangkok ».
Par ailleurs, une dépêche de l’Agence Reuter en date du 2 Décembre 1970 reproduisait ainsi une déclaration du prince Sirik Matak au journal « Le Monde » : « La clé de la guerre d’Indochine se trouve maintenant au Cambodge... Nous le savons depuis le premier jour. Si les communistes ne parviennent pas briser notre résistance, ils ne pourront plus combattre au Vietnam du Sud face à une armée de 1 300 000 hommes. Avant, ils le pouvaient grâce à Sihanouk ». À la question de savoir s’il croyait à une solution militaire, M. Matak a précisé : « Nous sommes obligés d’en passer par là. Nous ne pouvons pas nous croiser les bras. Pour l’instant, c’est le seul objectif possible. Nous devons y croire ».
Ainsi l’un des principaux putschistes reconnaît que ses amis et lui-même ont attiré consciemment la guerre sévissant au Vietnam sur le Cambodge, pour faciliter la tâche des Américains et Sud-Vietnamiens. On a vu les résultats de cette politique qui a jeté notre pays, alors en paix, dans la guerre...
(3) - Krisher cite, en l’approuvant fortement, une réflexion de son collègue Anthony Lewis, éditorialiste du « New York Times » « Sihanouk dit qu’il en a fini avec la politique. Mais je pense qu’aucun gouvernement à Phnom Penh ne peut prétendre à la légitimité sans son soutien. Maintenant, comme avant, il est le seul Cambodgien qui puisse être capable de tenir son pays effectivement indépendant de la domination vietnamienne ».
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PREMIÈRE PARTIE ‑ CHAPITRE I
APPENDICE
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TÉLÉGRAMME en date du 20 Février 1970 envoyé de Grasse (France) à Phnom Penh :
"Sa Majesté la Reine du Cambodge, j'ai l'honneur d'informer Maman vénérée ainsi que notre Clergé très respecté et mes très affectionnés compatriotes, que mon séjour à la clinique se termine aujourd'hui parce que , après un mois de traitement et d'excellents soins prodigués par le Docteur Pathé, ma santé est rétablie. Cependant, malgré mon intense nostalgie de notre Pays, je dois prolonger mon séjour à 1'étranger en raison de ce que Le Président Pompidou désire m'accueillir à 1'Élysée le 10 Mars prochain et je devrai recevoir les compatriotes résidant ou faisant leurs études en Europe le 7 Mars. Ensuite, je rentrerai chez nous via Moscou et Pékin, car les gouvernements de ces grands pays amis souhaitent avoir d'importantes conversations politiques avec moi. J'adresse mes ferventes pensées à Votre Majesté et à tous nos compatriotes (religieux et laïcs, hommes et femmes, jeunes et vieux, militaires et civils ) et je La prie de daigner croire et les prie de croire en mon indéfectible attachement et ma plus profonde affection. Norodom Sihanouk."
Télégramme en date du 10 Mars 1970 envoyé de Paris à Phnom Penh :
"Sa Majesté la Reine du Cambodge, j'ai l'honneur d'informer Votre Majesté et la nation que je viens d'avoir avec Le Président de la République Française une longue entrevue très cordiale à l'Élysée. Son Excellence Monsieur Pompidou a bien voulu qualifier notre Pays de "joyau" parmi les amis de la France et exprimer ses félicitations et son admiration, dit‑il, "pour la façon dont le chef de L'État khmer conduit les affaires du Royaume dans le concert des nations". Le Président de la République m'a assuré, par ailleurs, que notre Cambodge pourra toujours compter sur l'aide française à son développement et à sa défense nationale et sur son soutien diplomatique chaque fois que nous en aurons besoin. Norodom Sihanouk.
Télégramme en date du 11 Mars 1970 envoyé de Paris à Phnom Penh :
"Sa Majesté la Reine du Cambodge avec communication à AKP, Presse et Radio, Phnom Penh. J'apprends avec (une) profonde tristesse (la) nouvelle des actes de violence commis par certains compatriotes sur (les) représentations diplomatiques de la RDVN et du GPRSVN . Je comprends parfaitement les motifs qui ont suscité (la) colère (de) nos compatriotes, mais, tels que je les connais, il m'est impossible (de) croire que nos compatriotes puissent en arriver à une telle extrémité contraire aux intérêts supérieurs et (à la) bonne réputation (de) notre Pays. Certes, ce Pays que (nous) aimons plus que notre vie est en danger. Mais, ce n'est pas en saccageant les ambassades que nous pourrons écarter ce danger. Nous devons agir comme je l'ai toujours indiqué à (la) nation et (à l') armée. (Je) suis sûr que cet évènement grave a été voulu et organisé par (des) personnalités visant à détruire irrémédiablement (l') amitié (du) Cambodge avec (le) camp socialiste et (à) jeter notre Pays dans (les) bras d'une puissance impérialiste capitaliste. Ces personnalités attachent plus d'importance à leurs intérêts personnels et (de) clan qu'à (l') avenir (de la) Patrie et (au) sort (du) peuple. On a profité de mon absence pour réaliser ses desseins. Je vais donc rentrer au Pays pour parler à la nation et (à l') armée et leur demander de fixer un choix. Si elles choisissent de suivre ces personnalités dans la voie qui fera du Cambodge un second Laos, qu'elles me permettent de démissionner. Profonds respects et affections. Norodom Sihanouk."
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