LE CALICE JUSQU' A LA LIE

PREMIERE PARTIE – CHAPITRE 10

-----

NIXON SAUVE LON NOL;

LA DUPERIE DU PROGRAMME KHMER ROUGE;

MAO SOUTIENT LE F.U.N.K.

---------------------

 

Le mois de Mai 1970 est rempli de grands évènements. Il commence par un coup de tonnerre qui émeut le monde et divise l'opinion publique nationale aux Etats-Unis d’Amérique, une scission morale et psychologique dont la gravité ne fera que s'accentuer dans les mois et années à venir.

 

En 1979, à Pékin, M. Henry Kissinger et moi, tous les deux devenus des "retraités" de la politique d'Etat, nous rencontrerons pour la première fois, grâce aux "arrangements" de nos amis communs, les dirigeants de la R.P. de Chine. J'évoquerai devant mon interlocuteur américain ce coup de tonnerre du 1er Mai 1970 du Président Nixon (dont Kissinger était l'éminence grise), cette intervention militaire U.S. aux côtés de Lon Nol et de sa "clique" pour les sauver d'une chute certaine, chute qui m'aurait permis de retourner au Cambodge et de redresser une situation mortelle tant pour notre pays que pour la position des USA en Indochine, car les Khmers Rouges étaient encore insignifiants et les Chinois et Nord-Vietnamiens ne souhaitaient à cette époque là que le retour du Royaume khmer au "statu quo  ante".

 

M. Kissinger me dira que lui, aussi, voulait la chute de Lon Nol et le retour de Sihanouk, mais il croyait que les putschistes à Phnom Penh et moi  étions au fond des compères qui s'étaient mis d'accord pour jouer aux Vietcong et Nord-Vietnamiens la comédie de ma "déposition". J’avouerai alors à l'Américain que son histoire est incompréhensible pour ma faible intelligence.

 

Quoi qu’il en soit, il est permis de penser que si le Président Nixon pouvait, comme "Madame Soleil″ ou M. Jean Viaud, prévoir l'avenir, il se serait bien gardé de lancer une opération de sauvetage qui, quelques années plus tard, devait s’avérer un "suicide" baigné par dessus le marché dans la honte et l'humiliation nationales.

  

On ne récrit pas histoire. Par conséquent, il convient de l'étudier, tout au moins sous certains aspects importants. A cet égard, la meilleure synthèse des évènements historiques de Mai 1970 me paraît être un article, impressionnant de vérité et de lucidité, de Jacques Doyon (que je ne connais pas personnellement), article publié dans “Le Figaro”, le 26 Mai 1970 et dont je me permets de citer ces phrases: "Les députés cambodgiens qui obtinrent la tête de Sihanouk, le 18 Mars (1970), Sim Var, Douc Rasy, Trinh Hoanh ..., ceux qui firent voter la destitution à l’unanimité, mesuraient-ils la portée de leur geste? Deux mois après, ils doivent contempler l'étendue du désastre... (...) Le drame est venu de l'incapacité des nouveaux dirigeants khmers à apprécier le fait vietcong. Sihanouk leur avait pourtant montré, par l'ambiguïté de sa politique, à quel point le problème était difficile. L’essentiel pour Sihanouk était bien dans le fait que le Vietcong, avait reconnu officiellement les frontières du Cambodge, ce qu’ont toujours refusé Saigon, Bangkok, et même Vientiane, chacun revendiquant un certain nombre de territoires du Royaume khmer. (Je fais remarquer à mes lecteurs que “Le Figaro” est un journal de droite, et par conséquent anti-communiste et anti-révolutionnaire. Son jugement objectif n'en a que plus de valeur. N.S.) Sihanouk pouvait dès lors accepter l’implantation des sanctuaires vietcongs qu'il considérait comme temporaire et liée à la fin de la guerre: c'était le prix de la paix au Cambodge. Pour le gouvernement Lon Nol, ce sera le prix de la guerre. (…) L'intervention américaine a eu des conséquences incalculables. Il y a d’abord le fait qu’elle soit moralement condamnable et qu'elle ait entraîné le corps expéditionnaire américain, pour être "efficace" militairement, à pratiquer la politique de la terre brûlée. Bombardements, ratissages de populations, incendies, autant d'actions qui ont levé des milliers de miliciens favorables à l'armée de Sihanouk. De bonne source, on peut dire que cette dernière est accueillie en libératrice par les paysans, après le passage du corps expéditionnaire américain. Autre implication plus grave, l'intervention de ce dernier n’a fait que préparer une véritable occupation du Cambodge par les troupes sud-vietnamiennes de Saigon. Comme si elles n'étaient que le dernier rempart, face au Vietcong, pour éviter que Lon Nol ne bascule. Nous nous trouvons en face d'une alliance de situation entre militaires vietnamiens (de Saigon) et khmers, qui ne s'aiment pas, contre le Vietcong. Alliance bien dangereuse pour le Cambodge, quand on sait que Saigon revendique, officiellement, depuis 1960, ne serait-ce que la quasi-totalité des îles de la côte khmère qui relèvent de la province de Kampot... Et à l'ouest du pays, Bangkok donne publiquement des gages de son soutien (...). Encore un allié “à la double tête”, diraient les paysans khmers, lui qui dès 1941, avec l'aide du Japon, a annexé près d'un tiers du territoire cambodgien, rendu de mauvaise grâce en 1946. Ces questions frontalières sont vitales pour le Cambodge, et Sihanouk le savait, lui qui a eu tant de mal à cimenter un sentiment d’unité bien précaire au sein de ce peuple khmer "minoritaire". Unité qu'il créa autour de sa personne face aux Viets de toute tendance, face également aux Thaïs et aux Lao. Le rêve de Saigon et de Bangkok n'est-il pas de retrouver leur frontière commune et "historique" du Mékong? La reconnaissance des frontières khmères fut une question de vie ou de mort pour Sihanouk et à l'origine de toutes ses ruptures diplomatiques fracassantes. L'habileté de la politique gaulliste fut d’affirmer dès 1966 "le respect de l'intégrité territoriale du Cambodge dans ses frontières actuelles" - (Les mots soulignés sont, dans “Le Figaro” du 26 Mai 1970, imprimés en italiques, N.S.) -. Actuellement, on est plutôt sur la pente d'un futur dépeçage, malgré la tradition cambodgienne de résistance aux invasions. Autre conséquence du coup d'Etat de Lon Nol: l’extension de la guerre totale à l’ensemble du territoire indochinois. Le Cambodge lui-même voit peu à peu son territoire tout entier s'embraser. (...) En fin de compte, l'orientation du conflit indochinois passe maintenant, dans la conception américaine, par l'axe de droite Bangkok-Vientiane-Phnom Penh-Saigon, dont nous parlions il y a déjà deux mois. Axe contre nature, axe de militaires, farouchement anti-communistes, sainte alliance des sociétés traditionnelles de l'Asie du Sud-Est. Cette image politique préfigure le futur grand duo pro-américain de l'Asie du Sud-Est, le duo Saigon-Bangkok, édifié, qui sait, sur les restes du Cambodge et du Laos. Et verra-t-on la confrontation de la future décennie, lorsque l'Amérique aura retiré la majorité de ses troupes d'Asie du Sud-Est, entre un Vietnam peut-être réunifié et la Thai1ande?". (A partir de 1979, la Thai1ande se verra, en effet, confrontée directement au Vietnam réunifié et sa défense contre les Viets consistera en l'utilisation comme "bouclier de chair et de sang" de l'armée de ...Pol Pot!, N.S.).

 

Le 13 Mai 1970, le "Chicago Sun-Times" révèle que le Président Nixon a dit aux gouverneurs américains, réunis à la Maison Blanche, qu'il “a envoyé les troupes U.S. au Cambodge sur la demande du gouvernement cambodgien”. (Câble A.F.P. Chicago, en date du 13 Mai 1970). La Maison Blanche, toujours selon le "Chicago Sun-Times", "avait soutenu que le gouvernement américain avait agi de sa propre initiative afin de ne pas compromettre la neutralité officielle du gouvernement Lon Nol.".

 

Ainsi, il est clair que, dès le "départ", les putschistes de Phnom Penh et Washington étaient d'accord pour mettre fin à la neutralité et à la paix du Cambodge. Ils étaient d'accord pour engager définitivement le Cambodge dans la guerre du Vietnam afin d'assurer au Sud-Vietnam la "victoire" des Américains et du régime satellite de Nguyen Van Thieu.

 

L'invasion du Cambodge par les forces armées des Etats-Unis d’Amérique et de la République du (Sud) Vietnam a eu, au début de Mai 1970, pour effet d’enthousiasmer au plus haut degré les intellectuels et la presse de Phnom Penh. Ils en arrivent à proclamer, sans rire bien entendu, que Richard Nixon, par sa décision historique en date du 1er Mai 1970, devient aussi grand que les plus grands anciens Présidents des U..S.A.,

“l’égal de George Washington et d’Abraham Lincoln”, pas moins ! Parallèlement, ces mêmes intellectuels et presse vouent aux gémonies la France, le gouvernement français, nommément accusé d'être pro-Sihanouk (sic), et… les correspondants de presse français. A ce sujet, Bernard Ullman (A.F.P..) écrit le 7 Mai 1970 (je cite son câble de Phnom Penh in-extenso) : “The local press today stepped up its attacks against France's official stand in the Cambodian conflict and bluntly called for the expulsion of French correspondents here. And a French-trained professor suggested in the daily "Le Cambodge" that a cultural disengagement of Cambodia from France could help forge closer ties with the nation's Asian neighbours. Professor Than Toan also wrote that the presence in Cambodia of special correspondents from France served no useful purpose. He said these correspondents were campaigning against Cambodia and should be expelled. Another French language daily, "Le Courrier Phnompenhois", wrote that although France has refused to give Cambodia any support, even moral support, "we are assured of the moral support of a big nation thanks to the clear-sightedness of its President", a reference to the United States. "This President's courageous decision will put him on an equal rank with other great Presidents like George Washington and Abraham Lincoln", the paper added. Denouncing France's alleged support of prince Norodom Sihanouk, the Cambodian language daily, “Prayoch Khmer”, called on the government review the question of Franco-Cambodian friendship and take adequate measures: should Cambodians continue to show their friendship for long-time French residents here? Contacts between French officials here and Cambodian authorities have practically come to a stop and there are growing rumours of plans for a demonstration against the French Embassy".

 

"Tout nouveau, tout beau", dit un proverbe français. Et un dicton populaire khmer dit: "Ban Thmei Chôl Chas": "Quand il a une nouvelle amie, l'homme abandonne l'ancienne".

 

Pour ce qui concerne l'intervention armée à l'intérieur de notre pays des forces armées de Saigon, les Lonnoliens finissent par avouer que ce sont  eux-mêmes qui les ont invitées à ce faire. Un câble de Reuter, Saigon, 21 Mai 1970, de Christopher Pritchett dit : … M. Yem Sambaur said South Vietnamese forces were fighting in Cambodia “at the request of the Cambodian government and Cambodia is grateful for such a prompt assistance from the Republic of Vietnam".

 

L'engagement du Cambodge de Lon Nol-Sirik Matak dans la guerre aux côtés des Etats-Unis est délibéré et ...irréversible.

 

L'ASEAN (les pays de l'Association des Nations du Sud-Est Asiatique), voulant sauver d'un naufrage trop prévisible le nouveau régime de Phnom Penh, propose, pour les 16 et 17 Mai 1970, à Jakarta, une "Conférence des nations d'Asie et du Pacifique". (Remarquons qu'en 1979-1981, la même ASEAN sera à la base des (steriles) "Conférences internationales sur le Kampuchea" pour sauver du naufrage définitif le régime des Khmers Rouges. Il s'agit, en somme, de sauver, au Cambodge, les régîmes régicides et anti-Sihanouk !).

 

Cette “Conférence des nations d’Asie et du Pacifique”, d’ailleurs, n'apportera rien de positif aux Lonnoliens et autres "républicains" khmers. Le nouveau régime de Phnom Penh craint avant tout que ladite conférence n'aboutisse à un règlement politique qui supposerait qu'on "accepte de nouveau" Norodom Sihanouk au Cambodge. Mon cousin Sisowath Sirik Matak et son gouvernement chargent "l'autre cousin", ex-Sihanoukiste devenu Sihanoukophobe depuis le 18 Mars 1970, Norodom Monissara (à ne pas confondre avec le prince Norodom Phurissara qui me restera fidèle jusqu’à sa mort aux mains des Khmers Rouges), Monissara, dis-je, secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères du gouvernement Lon Nol, de faire une déclaration fracassante à la presse internationale, le 10 Mai 1970, à Phnom Penh, dans laquelle il précise qu'il ne sera jamais question pour son pays de permettre à Norodom Sihanouk de participer à la recherche d'une solution politique au problème du Cambodge.

 

A ce sujet, je me permets de citer un câble d'UPI, signé Roxanna Brown, qui dit entre autre: ..."We will not sit down at the same table with prince Sihanouk". Monissara said he expected the Asian and Pacific Conference to be held in Jakarta to give strong support to the Cambodian position. (...) The Jakarta Conference would have no effect on the United States arms aid to Cambodia, he said "because we are working directly with the Americans". ( ...) Monissara said Thailand would be asked for aid when foreign minister Yem Sambaur goes there this week to try to re-establish diplomatic relations". (...) The prince said he doubted the Soviet Union would follow some other communist countries in breaking diplomatic relations with Phnom Penh at this stage. He said he thought the Russians did not want to play into the hands of the communist Chinese".-

 

En ce qui concerne l’attitude anti-FUNK et anti-GRUNK de l'URSS, Monissara ne s'est pas trompé. Les Russes et leurs satellites, à l'exception de Cuba, vont rester jusqu'au bout avec la "République Khmère".

 

Mais, dès l'annonce, le 5 Mai 1970, de la formation de mon nouveau gouvernement (GRUNC) présidé par Samdech Penn Nouth, les pays suivants qui ont une Ambassade à Phnom Penh rompent leurs relations diplomatiques avec le régime de Lon Nol-Sirik Matak: Chine, RPD de Corée, Cuba, GRP du Sud Vietnam, République Arabe Unie (Egypte), RP du Vietnam (Nord), Yougoslavie. Tous leurs diplomates, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas encore quitté le Cambodge après le coup d'Etat du 18 Mars, partent sans délai du Cambodge des putschistes. La RP de Chine renvoie à Phnom Penh la poignée de diplomates ex-Sihanoukistes devenus Lonnoliens après le 18 Mars et récupère ses diplomates restés à Phnom Penh. Arrivés à Pékin, ceux-ci me transmettent plusieurs messages verbaux de citoyens et de militaires qui m’affirment qu'ils resteront toujours Sihanoukistes dans le "tréfonds de leur coeur" meme s’ils doivent, pour survivre en mon absence du pays, hurler quelquefois avec les loups.

 

Les autres Etats "amis de la première heure" du GRUNC, qui reconnaissent celui-ci en 1970, et refusent toutes relations avec la "République Khmère" sont: Albanie, Algérie, Centre Afrique, Congo (Brazzaville), Guinée, Irak, Libye, Mauritanie, Palestine (OLP), Roumanie, Somalie, Nord Yémen, Sud Yémen, Soudan, Syrie, Tanzanie.

 

Voici la “description” du GRUNC par Jean Lacouture (dans le "Nouvel Observateur", numéro du 4 au 10 Mai 1970):

"C'est à son retour de Canton, et après l'arrivée de Paris à Pékin du plus notoire des dirigeants communistes khmers, M. Thiounn Mumm, que le prince Sihanouk a pu se consacrer à la formation du gouvernement et à la création du parti qui vont mener la lutte contre l'invasion américaine et ses complices de Phnom Penh. Le parti, c'est-à-dire le F.U.N.K. (Front uni national du Kampuchea). Trois éléments sont à relever. D'une part, il dispose déjà, grâce aux maquis des Cardamomes et de Battambang, de zones de départ importantes dans le Sud et dans l'Ouest. D'autre part, il rompt avec la thèse illusoire de l'unanimité nationale qui inspirait le Saingkum du prince Sihanouk, mais il est fortement axé sur l'idée d’unité, faisant appel aux forces sociales les plus diverses, à l'exemple du F.N.L. sud-vietnamien. Enfin, il présente un programme d'une éloquente modération, où la propriété et la religion bouddhiste sont pourvues de garanties dont la fertilité politique apparaîtra vite. En tout cas la composition du gouvernement issu du F.U.N.K. (le G.R.U.N.C. = Gouvernement Royal d'Union Nationale du Cambodge, N.S.) est révélatrice. Tous ses membres - à la différence des premiers états-majors politiques du F.N.L. - sont en effet très connus. Marxistes ou non, ils ont joué un rôle important dans la vie du pays depuis dix ans. Au premier chef, son président, M. Penn Nouth, qui est à la monarchie cambodgienne ce que fut Aristide Briand à la IIIème République, permanent et tutélaire, subtil et tenace, avec quelque chose de végétal. A ses côtés, trois groupes d'hommes. D'abord, les hauts fonctionnaires sihanoukistes sans couleur politique bien précise comme les anciens ambassadeurs à Moscou, au Caire et à Dakar. Ensuite, des intellectuels (...) comme Chau Seng, qui est ministre à Phnom Penh, ou maintenant à Pékin, quand il n’enseigne pas la sociologie politique à Perpignan, (...) comme Thiounn Mumm, le seul polytechnicien cambodgien, qui a quitté le C.N.R.S. pour devenir ministre des Finances de ce gouvernement. Enfin, les maquisards, .dont les trois chefs, MM. Hou Yuon, Hu Nim et Khieu Samphan, qui reçoivent respectivement les portefeuilles de l'Intérieur, de l'Information et de la Défense. Tels sont les hommes qui font désormais face à Lon Nol..."

 

Précédant la formation du GRUNC, le FUNK a réalisé son "PROGRAMME POLITIQUE" qui fait "bonne impression" de par son caractère "raisonnable, réaliste et démocratique".

 

Les intel1ectuels français de gauche en font des éloges d'autant plus chaleureux que ce "Programme" est l' 0euvre des intellectuels cambodgiens rouges, avec Thiounn Mumm en tête, que leurs amis français de gauche ont toujours considérés comme étant d'authentiques démocrates et toujours soutenus dans leur lutte politique et idéologique contre mon "féodalisme", ma "dictature" et la "corruption" de mon régime.

 

Le PROGRAMME POLITIQUE du FUNK a été rédigé de A à Z par le seu1 "polytechnicien" khmer, le fameux Thiounn Mumm, un aristocrate devenu "prolétaire" pour les besoins de la cause.. khmère rouge, ce qui, entre parenthèses, ne l'a pas empêché d'épouser une charmante Française, très bourgeoise.

 

Thiounn Mumm a rédigé le Programme sur les indications de ses camarades "de la Résistance intérieure": Khieu Samphan, Ieng Sary,  etc... qui, à partir de 1975, apparaîtront comme étant des monstres assoiffés non seulement de pouvoir.. antipopulaire et anti-démocratique, mais encore du sang du peuple khmer innocent.

 

Il est vrai qu’en 1970, ni les intellectuels français de gauche ni moi-même ne pouvions imaginer, un seul instant, que ces Khmers Rouges puissent devenir de tels monstres devant lesquels Satan lui-même se sentirait bien pale en matière de cruauté, de machiavélisme et de duplicité.

 

Le PROGRAMME  POLITIQUE du FUNK que tous les supporters de celui-ci, y compris moi-même et Samdech Penn Nouth, ont applaudi, s'avèrera, meme avant la victoire totale des Khmers Rouges en Avril 1975, une formidable duperie, et vis-à-vis de notre peuple et vis-à-vis du monde extérieur, en particulier des amis français et autres qui avaient mis tant d'espoirs en notre Résistance pour édifier, après la victoire, un Cambodge “heureux, prospère, démocratique et plein de justice sociale”.

 

Mais, personne ne pouvant prévoir l'avenir, il convient, en ce mois de Mai-Juin 1970, de vivre dans l'euphorie.

 

A cet égard, Jacques Decornoy écrit ces lignes remarquables et  remarquées dans LE MONDE DIPLOMATIQUE (numéro de Juin 1970):

"A cette politique (de l'adversaire), les nationalistes cambodgiens regroupés autour du prince Sihanouk et les communistes ont répondu par la présentation d'un programme politique combinant les idées traditionnelles du chef de l'Etat en ce qui concerne la nature du régime et sa politique étrangère, et un catalogue de mesures à prendre qui ne vont pas au delà d'un prudent réformisme. Nous sommes loin du plan présenté par le gouvernement révolutionnaire provisoire du Vietnam du Sud, pour lequel la Constitution de Saigon et les institutions qu'elle a mises sur pied doivent être changées. Le Cambodge demeure, dans cette optique, un royaume sans roi d'ailleurs -dont la religion d'Etat est le bouddhisme. Il est cependant admis que le pays doit évoluer vers plus de liberté réelle - et non plus formelle - puisque le programme parle de la "démocratisation qui se fait dans les zones libérées".

(Nos amis de la gauche française croyaient sans l'ombre d'un doute que les Khmers Rouges sont bien plus démocrates que Sihanouk. La liberté pour notre peuple, par conséquent, sera réelle et non pas "fictive" comme au temps de Sihanouk. Cette confiance apparaîtra pour le moins mal placée à la lumière de ce qui va se passer sous l'administration "moha phlu' svang, moha trem trauv, moha laut phlah, moha aschar" -extrêmement clairvoyante et éclairée, extrêmement correcte et sérieuse, extrêmement avancée et progressiste, "extrêmement formidable" de l'équipe de Pol Pot, Ieng Sary, Khieu Samphan, Son Sen, Nuon Chea .., N.S.) Quant aux projets esquissés dans la partie économique de la charte du Front uni national du Cambodge, ils présentent surtout un intérêt dans la mesure où ils proposent des réformes en faveur des paysans: droit de propriété garanti (cette garantie se traduira, en réalité, par une expropriation générale et totale, N.S.), recherche d’une solution équitable concernant les dettes injustes", etc. Les agriculteurs asiatiques étant traditionnellement victimes des prêteurs, des acheteurs sur récolte, un tel plan peut faciliter l'action du Front uni et concerne en tout cas beaucoup plus les intéressés que les projets du général Lon Nol tendant à proclamer la République. (En fait, la "républicanisation" des Lonnoliens et la "démocratisation et libération de notre peuple de ses prêteurs d'argent" par les Khmers Rouges, se ressemblent comme deux gouttes d'eau dans ce sens que nos extrêmes-droitiers et extrêmes-gauchistes méprisent au plus haut point notre petit peuple et n'hésitent pas à le tromper outrageusement. Les Khmers Rouges commenceront certes par tuer les prêteurs d'argent, mais ensuite ils tueront tout aussi bien les agriculteurs rechignant à la besogne d'esclaves de "l'Angkar" (de Pol Pot) que les tenants de la Monarchie et du

Bouddhisme que le Programme politique du FUNK, affirme respecter toujours! , N.S.). On notera également une volonté des auteurs du programme de faire sortir le Cambodge de l'ère post-coloniale dans laquelle il demeure: khmérisation progressive de l'enseignement (déjà bien amorcée avant le coup d'Etat sous l'impulsion du prince Sihanouk et d'un dynamique ministre de l'éducation) et recherches sur l'histoire nationale "souvent déformée par les auteurs étrangers": discrètement, cette tache a d'ailleurs déjà été amorcée par certains intellectuels cambodgiens progressistes vivant en France. (La vérité m'oblige à dire que nos intellectuels de gauche, tout comme ceux de droite, n'ont jamais pensé à écrire l'histoire de notre pays avec objectivité; ils critiquent certains historiens étrangers parce que ceux-là n'ont pas, à leurs yeux, suffisamment discrédité et noirci la monarchie, les  princes et les rois khmers. Entre 1975 et 1979, et meme avant 1975, il suffira d'écouter la Radio des Khmers Rouges pour savoir à quoi s'en tenir en ce qui concerne leur façon de réécrire l'histoire du Cambodge "souvent déformée" par les auteurs étrangers. Quant aux intellectuels de notre extrême droite, leur déformation de notre histoire nationale n'a certes rien à envier à celle des Polpotiens! Disons, enfin, un mot de la "Khmérisation" de l'enseignement par les Khmers Rouges: ils "khmérisent" tellement qu'ils n'enseigneront presque rien à nos enfants et feront d'eux des esclaves ignorants. Au plan étatique, leur "khmérisation" se confondra avec le chauvinisme et le racisme. Pour ne citer qu'un exemple, évoquons brièvement cette affaire de l'appellation de notre pays. Les Khmers Rouges défendent au monde entier d'appeler notre pays le "Cambodge" ou "Cambodia" alors que la R.P. de Chine, qui, en chinois, s'appelle "Chung-kuo", se laisse appeler, même à l'O.N.U. , "Chine" ou "China", ou en russe, "Kitai" , etc... Même, en 1981, la V.O.A. (Radio des USA) et la B.B.C. (Grande- Bretagne) se sentiront obligées de renoncer à l'appellation de "Cambodia" pour ne dire que "Kampuchea". Un tel chauvinisme (de la part des K.R.) constitue une forme dangereuse de racisme. Et l'exemple de l'Hitlérisme est là : les vrais historiens savent jusqu'où peut mener le racisme sous sa forme la plus exacerbée. N.S.). Ces efforts doivent être entrepris dès maintenant au fur et à mesure de la "libération" du pays: on reconnaît là la pratique depuis toujours en faveur chez les résistants vietnamiens pour lesquels la construction d'une nouvelle société va de pair avec la lutte armée et politique. Il faut dire aussi que, dans le gouvernement constitué par M. Penn Nouth, les communistes, ceux qui sont connus comme tels en tout cas, détiennent des postes essentiels: économie et finances, défense nationale, information et propagande, intérieur et reformes communales."

 

Les belles promesses des Khmers Rouges, tout comme celles mirifiques du Vietcong, à leur peuple apparaîtront en quelques années de mise en pratique absolument décevantes. Pour ce qui concerne les Khmers Rouges, elles aboutiront à une tragédie, la plus sanglante et la plus honteuse de l'histoire universelle. A cet égard, tout ce qui restera à Jean Lacouture, à Jacques Decornoy, à Norodom Sihanouk, à Penn Nouth, et à tant d'autres Etrangers et Khmers qui ont mis leurs derniers espoirs, pour un "meilleur Cambodge", dans les Khmers Rouges (parmi lesquels se trouve ce Thiounn Mumm que beaucoup admirent) qu’à faire leur "mea culpa", ce qui, hélas, ne sauvera pas pour autant le Cambodge, dont le destin était d'ailleurs déjà scellé depuis un certain 18 Mars 1970.

 

Pour terminer ce chapitre essentiellement consacré aux "grands" évènements de Mai 1970, je dois présenter à mes lecteurs un rapport personnel sur le 20 Mai 1970 à Pékin.

 

« 20 Mai. Un jour véritablement historique tant pour la Résistance cambodgienne que" pour la Chine Populaire.

 

Depuis la veille, à Pékin et dans le reste de la Chine, le peuple tout entier est mobilise pour "s'armer de l'esprit de soutien ferme à la lutte du peuple khmer et de la haine de l'impérialisme U.S.”.

Depuis le 19 Mai (après-midi et soirée), des centaines de milliers de citoyens et citoyennes affluent dans les principales rues de la Capitale; ils crient leur haine de "l'impérialisme américain" et leur soutien au peuple khmer "agressé".

Le lendemain, 20 Mai, plus d'un million de personnes remplissent l'immense Place Tien An Men.

Avant d' apparaître à la grande Tribune en dur qui domine majestueusement la célèbre Place, le Président Mao Tse-toung, entouré de son "proche compagnon d' armes", le Maréchal Lin Piao, et du Premier ministre Chou En-lai, me reçoit tres cordialement pendant plus d'une demi-heure. Toutes les paroles qu'il m'adresse sont visiblement destinées à ne pas me faire perdre courage, à remonter mon moral à vrai dire assez bas et me redonner foi en les destinées de ma Patrie.

A propos du Casino de Phnom Penh, Mao me dit: "La clique Lon Nol, ces derniers jours, vous attaque violemment et vous discrédite au sujet de Casino. Personnellement, je trouve que vous aviez pleinement raison de faire financer par un casino les dépenses se rapportant à l'entretien de l'armée et à la défense nationale. Cela vaut mieux que de les faire dépendre de l'aide américaine, par trop dangereuse et nocive pour votre indépendance nationale".

Le Président Mao, bien que très vieilli d'aspect par rapport à ce qu'il était dans les années 60, gardait toute sa lucidité et sa vivacité d'esprit, ainsi que son gens de l'humour.

J'ai voulu le remercier de son aide formidable à notre jeune Résistance. Il me répond: "Surtout ne nous remerciez pas! C'est à nous, Chine, de vous remercier, car nos armes, notre argent offerts au peuple résistant du Cambodge ne sont rien à cote des sacrifices héroïques de celui-ci qui est en première ligne de notre lutte commune contre l'impérialisme américain .C'est le peuple khmer, c'est le peuple vietnamien qui se saignent dans cette lutte, pas nous, les Chinois. Et nous bénéficierons de votre victoire". Voila qui est franc et honnête!

Quant au Maréchal Lin Piao, un homme de petite taille, maigre et sec, il me paraissait ce matin-la assez... saoul, et interrompait de temps à autre le Président Mao pour vociférer avec force gestes à l'appui des tirades anti-USA et me donner l'assurance du soutien total et indéfectible de la Chine et de son armée "jusqu'à la victoire finale". Il me précisa que son pays ne marchandait pas son aide multiforme à notre FUNK-GRUNC et que celui-ci ne devait pas hésiter à demander à la Chine tout ce dont avait et aurait besoin notre Résistance.

Le Premier ministre Chou En-lai, fin, discret et respectueux du Président Mao, n'ouvrait la bouche que pour répondre à certaines questions de celui-ci et pour faire l'éloge de mon oeuvre de développement général du Cambodge entre 1953 et 1969.

Il a dit à Mao qu'il est fort dommage que cette oeuvre soit brutalement interrompue par les putschistes à Phnom Penh, ajoutant que, connaissant beaucoup de pays du Tiers-monde, il est en mesure d'affirmer que sous la direction de Samdech Sihanouk le Cambodge a fait de meilleurs progrès dans son édification nationale que la grande majorité des autres pays en voie de développement".

Mon ami Chou saisit et, jusqu'à la veille de sa mort, saisira toutes les occasions pour se faire, apparemment en toute sincérité, l'avocat de ma cause tant auprès de ses compatriotes qu'auprès de l'Etranger (y compris ses futurs amis (américains) et ... du Leadership khmer rouge...

Je n'oublierai jamais ce qu'il a fait pour moi.

Pour revenir au grandiose Meeting du 20 Mai 1970, Place Tien An Men, l'apparition de Mao avec moi à sa droite et Lin Piao, à sa gauche, suivi de Chou En-lai, déclenché un tonnerre d'applaudissements et ovations très prolongées chez les participants chinois (plus d'un million d'âmes!).

Le Corps Diplomatique et les (encore rares) correspondants de la presse étrangère sont présents à la tribune.

Apres la déclaration du Président Mao, je reçois l'honneur, unique pour un étranger, de prononcer une allocution du haut de cette tribune.

Pour terminer ce chapitre, qu'il me soit permis de reproduire ci-dessous, in-extenso, le texte extrêmement important, du point de vue historique, de la Déclaration de Mao Tse-toung, en date du 20 Mai 1970 (extrêmement important, dis-je, car, contrairement aux rodomontades de Richard Nixon en date du ler Mai 1970, la proclamation de Mao Tse-toung en date du 20 Mai 1970 sera le point de départ vers une formidable victoire de la R.P. de Chine, remportée sur les U.S.A. et sur l'URSS, au Cambodge, avec la prise du pouvoir par les Khmers Rouges en mon pays, le 17  Avril 1975):

 

 

PEUPLES DU MONDE, UNISSEZ-VOUS,

POUR ABATTRE LES AGRESSEURS

AMERICAINS ET LEURS LAQUAIS !

 

MAO TSETOUNG

 

(20 mai 1970)

 

A l'heure actuelle, un nouvel essor de la lutte contre l'impérialisme américain s'affirme à l'échelle mondiale. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'impérialisme américain et ceux qui sont à sa remorque n'ont cessé de se livrer à des guerres d'agression, et les peuples ont toujours recouru à la guerre révolutionnaire pour vaincre les agresseurs. Le danger d'une nouvelle guerre mondiale demeure et les peuples du monde doivent y être préparés. Mais aujourd'hui, dans le monde, la tendance principale, c'est la révolution.

Les agresseurs américains, ne pouvant gagner la guerre au Viet Nam et au Laos, ont fomente le coup d'Etat réactionnaire de la clique Lon Nol-Sirik Matak, envoyé sans vergogne leurs troupes au Cambodge et repris le bombardement du Nord Viet Nam; ce qui a suscité la résistance indignée des trois peuples indochinois. Je soutiens chaleureusement l'esprit de lutte de Samdech Norodom Sihanouk, chef de l'Etat du Cambodge, contre l'impérialisme américain et ses laquais; je soutiens chaleureusement la déclaration commune de la Conférence au Sommet des Peuples indochinois; je soutiens chaleureusement l'établissement du Gouvernement royal d'Union nationale place sous l'égide du Front uni national du Kampuchea. En renforçant leur unité, en se prêtant mutuellement aide et soutien, et en persévérant dans une guerre populaire de longue durée, les trois peuples indochinois pourront surmonter toutes les difficultés et arracher la victoire totale.

L'impérialisme américain, tout en se livrant au massacre à l'étranger, tue les Blancs et les Noirs dans son propre pays. Les violences fascistes de Nixon ont fait jaillir les flammes ardentes du mouvement révolutionnaire de masse aux Etats-Unis. Le peuple chinois apporte son ferme soutien à la lutte révolutionnaire du peuple américain. Héroïque au combat, le peuple américain sera vainqueur et la domination fasciste aux Etats-Unis essuiera une défaite inéluctable; telle est ma conviction.

L'administration Nixon est assaillie par de multiples difficultés tant intérieures qu'extérieures: elle est aux prises avec un pays en plein chaos et est fort isolée dans le monde. Le mouvement de masse en protestation contre l'agression américaine au Cambodge se déchaîne à travers le monde. Moins de dix jours après sa formation, le Gouvernement royal d'Union nationale du Cambodge a été reconnu par pres de vingt pays. La guerre de résistance des peuples vietnamien, lao et cambodgien contre l'agression américaine et pour le salut national connaît une situation toujours meilleure. La lutte armée révolutionnaire des peuples du Sud-Est asiatique, la lutte des peuples de Corée, du Japon et des autres pays asiatiques contre la résurrection du militarisme japonais perpétrée par les réactionnaires américano-japonais, la lutte du peuple palestinien et des autres peuples arabes contre les agresseurs américano-israéliens, la lutte des peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine pour la libération nationale ainsi que la lutte révolutionnaire des peuples d' Amérique du Nord, d'Europe et d'Océanie se développent toutes avec impétuosité. Le peuple chinois soutient fermement les trois peuples indochinois et les autres peuples du monde dans leur lutte révolutionnaire contre l'impérialisme américain et ses laquais.

L'impérialisme américain a l'air d'un colosse, mais il n'est en réalité qu'un tigre en papier, et il se débat désespérément. Au fond, qui a peur de qui dans le monde actuel? Ce ne sont pas les peuples du Viet Nam, du Laos, du Cambodge, de Palestine, des autres pays arabes et du reste du monde qui craignent l'impérialisme américain, c'est l'impérialisme américain qui craint les peuples du monde. Au moindre remous, il est pris de panique. Des faits innombrables prouvent qu'une cause juste bénéficie toujours d'un large soutien, tandis qu'une cause injuste en trouve peu. Un pays faible est à même de vaincre un pays fort, et un petit pays, de vaincre un grand pays. Le peuple d'un petit pays triomphera a coup sûr de l'agression d'un grand pays, s'il ose se dresser pour la lutte, recourir aux armes et prendre en main le destin de son pays. C'est là une loi de l'Histoire.

Peuples du monde, unissez-vous, pour abattre les agresseurs américains et leurs laquais!

 

*

*   *

 

Télégramme en date du 10 Mai 1970 de MM. Khieu Samphân, Hu Yuon et Hu Nim (au Cambodge)

à Norodom Sihanouk (à Pékin)

(Texte original en français)

-----------------------------

 

SAMDECH NORODOM SIHANOUK

CHEF D'ETAT DU ROYAUME DU CAMBODGE

PRESIDENT DU. F. U. N. K.

 

Samdech très respecté,

 

Au moment où la lutte des masses de notre peuple pour résister à l'agression des impérialistes américains et renverser la clique réactionnaire Lon Nol-Sirik Matak remporte de grandes victoires, nous sommes grandement réjouis et enthousiasmés par les nouvelles successives de l'éclatant succès de la Conférence au Sommet des Peuples Indochinois convoquée sur l’initiative de Samdech, puis de la publication du Programme politique du F.U.N.K., de l'élection de son Bureau Politique, et la formation du Gouvernement Royal d’Union Nationale. Ce sont là de très grandes victoires de notre peuple. Ces victoires non seulement encouragent directement l’esprit combatif de notre peuple et de nos forces armées, elles contribuent à élever plus haut encore dans le monde l’étendard de la lutte pour la juste cause pour l’indépendance, la neutralité et la démocratie véritable de notre peuple.

Désormais, la résistance nationale de notre peuple a une organisation pour la diriger, c’est le F.U.N.K. dont Samdech est le Président et le Gouvernement d’Union Nationale dont Samdech Penn Nouth est le Président du Conseil.

Nous sommes profondément touchés de la confiance de Samdech et du Congrès du F.U.N.K. qui nous ont élus au Bureau Politique du F.U.N.K., nous ont désignés pour participer au Gouvernement d’Union Nationale et nous ont donné mandat de gérer toutes les affaires au pays et mobiliser notre peuple pour combattre les agresseurs yankees et leurs valets.

Nous promettons à Samdech d’y apporter toutes nos capacités morales,  physiques et intellectuelles, de mettre par dessus tout les intérêts de la Patrie et du peuple, d'oeuvrer de toutes nos forces à l’unité nationale et de mener résolument et vigoureusement la résistance jusqu’à la victoire finale.

Répondant à l’appel de Samdech, sur la base du bloc d'union nationale de tout notre peuple et bénéficiant du soutien avoué des peuples frères du Viêt-Nam et du Laos, comme celui des peuples amis dans le monde, notre peuple et nos forces armées sont en train de remporter de grandes victoires. A ce jour, nous avons libéré de nombreux communes et centres urbains, dans les provinces du Nord-est et du Sud-Est, du Nord-ouest et du Sud-Ouest. La capitale Phnom Penh se trouve menacée de tous les côtés; les routes stratégiques partant de Phnom-Penh et des axes principaux sont coupées. La clique Lon Nol-Sirik Matak est en plein désarroi; son armée en désagrégation abandonne poste après poste pour fuir devant les attaques vigoureuses de notre peuple et de nos forces armées. La population des régions non encore libérées et de Phnom Penh bouillonnant de haine contre les agresseurs américains et la clique des traîtres réactionnaires Lon Nol-Sirik Matak, nuit et jour, cherche l’occasion propice pour se soulever et les chasser. La population des régions libérées a élu les comités du F.U.N.K. et les organes du pouvoir aux différents échelons et apporte avec ardeur et enthousiasme sa contribution volontaire en ressources humaines et matérielles à la grande cause de la résistance nationale. Ce ne sont encore que des victoires de début mais des victoires de grande importance, elles démontrent la position de faiblesse et d’isolement, de défaite inévitable de l’ennemi, comme la force d’union, de combat et de victoire inéluctable de notre peuple.

Toutefois, notre peuple et nos forces armées ont encore à endurer de grands sacrifices et privations, pour défaire toutes les visées d'agression de l’impérialisme américain, briser le pouvoir réactionnaire Lon Nol-Sirik Matak, et marcher vers la victoire totale.

Samdech respecté,

L’impérialisme américain et la clique de ses valets sont extrêmement perfides et cruels, ils vont certainement user de nouvelles manoeuvres barbares et astucieuses, intensifier répression et terreur à l’encontre de notre peuple et des autres peuples indochinois. Mais face à l’union monolithe de notre peuple, à la grande union des peuples indochinois, ils vont inéluctablement à une défaite lamentable! La victoire glorieuse sera de notre côté.

De notre chère Patrie en lutte ardente pour sa libération, nous nous permettons d'adresser respectueusement à Samdech et à travers Samdech, d’adresser aux personnalités du Comité Central du F.U.N.K. et du Gouvernement Royal d’Union Nationale, nos souhaits de bonne santé, nos pensées affectueuses, notre salut d'union et de lutte ainsi que notre plus haute considération.

Zone libérée du Kampuchea, le 10 Mai 1970

KHIEU SAMPHAN (Ministre de la Défense Nationale)

HOU YUON (Ministre de l’Intérieur)

HU NIM (Ministre de l'Information)

 

*

*   *

APPENDICES ADDITIFS