PREMIÈRE PARTIE – CHAPITRE III

 

« N’ai-je agi que par esprit de vengeance ? »

 

 

Une tenace légende, propagée par mes ennemis khmers et étrangers, veut que je n’aie engagé la lutte contre le régime de Phnom Penh et ses protecteurs américains que par « esprit de vengeance » contre ceux qui m’avaient chassé du pouvoir.

 

J’estime qu’il est indispensable de remettre les choses au point, car cette accusation qui tend à me déshonorer finirait, sauf énergique réaction de ma part, par entrer dans l’histoire comme un fait prouvé. Je serais, aux yeux des générations futures, présenté comme un monstre d’orgueil qui a sacrifié son pays et son peuple à une basse vengeance personnelle.

 

Il est vrai que je me suis senti profondément blessé et humilié par les épouvantables calomnies et humiliations qui m’ont été infligées, alors que je multipliais les efforts diplomatiques à l’étranger pour sauver l’indépendance et la paix de mon pays, par la clique de Lon Nol et de Sirik Matak. Ce qui a été dit sur moi le 18 Mars 1970 par quelques conjurés devant une Assemblée nationale terrorisée, les ignobles propos tenus à mon encontre, par la suite, par voie de radio et de presse, m’ont laissé une impression ineffaçable de dégoût.

 

Mais ceux qui me connaissent savent que j’ai une trop haute idée de mon rang, de mon rôle historique et de mon devoir vis-à-vis de mon peuple pour oser sacrifier de sang-froid celui-ci à mon « ressentiment ». Le crime d’un certain nombre de généraux et mandarins félons, si répugnant qu’il soit, ne pouvait m’amener à entraîner mon peuple innocent dans la souffrance et dans la mort.

 

Les épreuves de mes compatriotes entraînés malgré eux dans une aventure qui ne pouvait se terminer qu’en catastrophe ne m’ont jamais laissé insensible. Je ne pouvais certainement pas m’accommoder d’une « République khmère » qui avait littéralement vendu la patrie à l’impérialisme américain et ses associés asiatiques et qui multipliait les exactions contre ceux qui refusaient de lui obéir. Mais je n’ai jamais cessé de chercher à ce conflit une solution pacifique.

 

J’aurais accepté de m’effacer si un gouvernement de véritable union nationale, présidé par un homme unanimement respecté comme Samdech Penn Nouth, avait pu s’installer à Phnom Penh et, rétablissant le Cambodge dans son indépendance, sa neutralité et sa dignité succéder au régime incapable et corrompu des Lon Nol, Sirik Matak et autres putschistes.

 

À partir de 1973, les dirigeants « républicains » acceptent de négocier avec les Khmers rouges « qui représentent authentiquement une partie du peuple khmer », mais jamais avec Sihanouk, « qui n’a plus aucun soutien dans son pays » et « ne représente plus que lui-même ».

 

Les « Républicains », en fait, voulaient à tout prix m’éliminer. Ils se berçaient de l’illusion qu’ils pourraient détacher du FUNK un nombre significatif de Khmers rouges, responsables et combattants, qui, en échange d’avantages matériels, de grades ou de strapontins ministériels, auraient renforcé le régime en place. Les « négociateurs » de Lon Nol ont multiplié les efforts en ce sens sans jamais aboutir. Ils ne connaîtront vraiment les Khmers rouges que lorsque ceux-ci traîneront devant un peloton d’exécution ceux d’entre eux qui n’auront pas cherché leur salut dans la fuite...

 

Jusqu’à leur défaite d’Avril 1975, les ministres, hauts fonctionnaires, diplomates, militaires, intellectuels... et bonzes de la « République khmère » ne cesseront d’affirmer urbi et orbi que Sihanouk « est abandonné par tous ses compatriotes ». Lon Nol, jusqu’au bout, proclamera solennellement que lui-même et son gouvernement jouissent du « soutien unanime des 8 millions de Khmers » (sic) et que les seuls partisans, nullement désintéressés, de Sihanouk sont les Vietcong et les Nord-Vietnamiens... Les observateurs de bonne foi comprendront que, dans ces conditions, je ne pouvais strictement rien faire pour faciliter une solution au drame khmer et la question de « vengeance » devient futile.

 

En France, la thèse d’un Sihanouk rejeté par tout son peuple a été allègrement épousée par nombre de journalistes et écrivains qui tiendront à souligner que ce ne sont pas les Khmers rouges, « patriotes irréprochables », qui se sont ralliés à Sihanouk, mais que c’est celui-ci qui, abandonné par les siens, s’est jeté dans les bras des Khmers rouges. Ces derniers, après leur accession au pouvoir en 1975, ne manqueront pas d’ailleurs d’affirmer qu’aucun Cambodgien ne s’est battu pour Sihanouk et que c’est par amour de l’Angkar (le Parti Communiste de Pol Pot) que de nombreux Khmers sont morts.

 

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On m'a accusé de faire tuer les Khmers par les communistes vietnamiens. Cette accusation devient étrange dès lors que les Lonnoliens eux-mêmes ont invité les forces armées américaines et celles du régime de Saïgon à semer la destruction dans tout le Cambodge et à tuer d’innombrables civils et paysans khmers avec les B 52, F 105 et hélicoptères puissamment armés.

 

En 1973, même après que le Président Richard Nixon ait ordonné la cessation des bombardements intensifs de son aviation sur mon pays, les dirigeants et diplomates « républicains » ont insisté officiellement et publiquement auprès des États-Unis pour qu’ils continuent sans trêve leurs raids de terreur sur le territoire khmer, exterminant infiniment plus de civils affolés que de combattants communistes sachant parfaitement se camoufler et s’enterrer.

 

Il est de bonne guerre de discréditer autant que possible son adversaire. Encore faut-il ne pas prendre de libertés inadmissibles avec les vérités historiques. Les faits sont les suivants :

 

1)      Les conjurés khmers, une semaine avant leur coup d’État contre moi, organisent des manifestations anti-vietnamiennes à Phnom Penh et dans les provinces. Ils font saccager les Ambassades du Nord-Vietnam et du FNL du Sud-Vietnam dans notre capitale. Ils déchaînent leurs hommes de main contre de paisibles résidents vietnamiens et vietnamiennes, multipliant les brutalités, les vols et les viols. En même temps, pour tenter de justifier ces excès, c’est moi qu’ils accusent de n’être pas patriote, de “protéger” les Vietnamiens du Cambodge.

 

2)      Dans la semaine du coup d’État (et les semaines qui suivirent) les hommes de Lon Nol et Sirik Matak torturent et assassinent sauvagement, sans autre raison que de discréditer ma personne et ma politique, des dizaines de milliers de civils vietnamiens innocents, hommes, femmes et enfants. Je condamne sévèrement ces meurtres à la chaîne, qui soulèvent l’émotion de tout le monde civilisé. Les responsables de ces meurtres crient à la trahison de la nation par Sihanouk. Des tracts sont préparés par l’équipe de Chhan Sokhum, ministre de l’éducation de Lon Nol, qui incitent les jeunes, les militaires et le clergé bouddhique à se révolter contre moi.

 

3)      Le 19 Mars 1970, lendemain du coup d’État, dans une déclaration diffusée par la radio de Pékin, je fais savoir à la nation khmère que je considère comme anti-constitutionnelle et donc illégale ma « déposition » par le Parlement et qu’en qualité de chef de l’État et en vertu de notre Constitution, je dissous le Parlement et le Cabinet du général Lon Nol. J’invite le peuple à ne pas se soumettre aux lois et règlements des autorités rebelles.

 

Dans les jours qui suivent immédiatement le coup d’État, des milliers d’habitants loyalistes des provinces de Kompong Cham, Prey Vèng, Takèo, etc. se rendent à Phnom Penh, sans armes, afin d’organiser des manifestations pacifiques réclamant mon rétablissement à la tête de l’État khmer. À la lisière de la capitale et sur les routes qui y mènent, ils sont interceptés par les troupes de Lon Nol qui, sur ordre des dirigeants putschistes, tirent sur eux au fusil, à la mitrailleuse et même avec les canons des chars. Plusieurs centaines de paysans, y compris des vieillards, des femmes et des enfants, sont tués...

 

D’importantes personnalités libérales des États-Unis et la presse indépendante de ce pays condamnent ces massacres de civils vietnamiens et de Khmers non armés. Elles constatent que l’équipe de Lon Nol et de Sirik Matak a créé toutes les conditions pour que la guerre s’étende sur le territoire cambodgien. Le Sénateur Mike Mansfield déclare à bon escient que les putschistes de Phnom Penh ont ouvert la « botte de Pandore », d’où sortent les flammes de la guerre entre Khmers et Vietnamiens - et entre Khmers et Khmers. Mike Mansfield déconseille fortement à son gouvernement de s’engager dans le conflit...

 

Il apparaît ainsi clairement que ce sont les putschistes qui ont délibérément rendue inévitable l’ouverture des hostilités - et qu’ils ont pris l’initiative de massacrer, outre des résidents vietnamiens, leurs propres compatriotes. Dans ma déclaration du 19 Mars, j’avais certes invité mon peuple à désobéir aux auteurs du coup d’État et à repousser l’injustice, mais j’avais évité d’inciter mes partisans à la lutte armée : comment peut-on alors parler de « vengeance » de ma part ?

 

Au début de Mars 1970, alors que je séjournais encore en France, j’avais proposé aux futurs putschistes, dont les desseins n’étaient déjà plus un mystère puisqu’ils mettaient en cause ma personnalité de chef d’État et ma politique de soutien à la Résistance vietnamienne, de convoquer à mon retour d’Union Soviétique et de Chine un « Congrès spécial » du peuple khmer chargé de me juger publiquement.

 

Si le Congrès me donnait tort, je m’engageais à démissionner et à quitter définitivement la carrière politique. Je signale que la convocation d’un tel Congrès pour trancher un litige d’importance nationale est expressément prévue par la Constitution du Royaume...

 

En réponse à ma proposition, les putschistes en puissance fomentèrent le 11 Mars 1970, jour où je devais avoir un important entretien politique avec le Président Pompidou, des troubles majeurs contre les résidents vietnamiens dans plusieurs villes de notre pays, afin de me discréditer aux yeux de la France et du monde.

 

Après ma visite à l’Élysée, la télévision française me demanda quelle signification j’accordais à ces troubles. Il ne me restait plus qu’à dire le fond de ma pensée. J’expliquais que les personnalités d’extrême-droite de Phnom Penh, civiles et militaires, voulaient en finir avec ma politique de non-alignement et de soutien à la Résistance vietnamienne. J’ajoutai que ces personnalités étaient décidées à aligner le Cambodge sur les États-Unis, afin de pouvoir empocher des dollars comme dans les années 50, en échange de quoi les dirigeants de Phnom Penh étaient disposés à engager le Cambodge neutre et paisible au côté des Américains dans la guerre qu’ils menaient contre le Vietnam.

 

Les Lonnoliens crièrent alors à la calomnie et l’A.F.P. de Phnom Penh signala dans un câble à Paris la colère et l’indignation de ces « patriotes » que j’avais « blessés dans leur honneur et leur amour-propre ». Mais la suite des événements devait confirmer point par point mes accusations, comme la presse américaine finira, involontairement, par le reconnaître.

 

En 1979-1980, j’aurai l’occasion de revoir nombre d’anciens ministres, parlementaires, ambassadeurs et généraux de Lon Nol. Certains d’entre eux ne dissimuleront pas le caractère coercitif de l’entreprise des Lon Nol et Sirik Matak, amenant sous la menace des armes le Parlement à me répudier et l’armée à m’abandonner. J’ai toujours aimé passionnément ma patrie et mon peuple. Je les ai servis avec fidélité et ne les ai jamais trahis, alors que les putschistes instaureront un régime faible et prévaricateur (« cent fois plus corrompu que celui de Sihanouk », écrivit mon vieil ennemi Sim Var) (+) et alièneront par cupidité, comme je le savais à l’avance, l’indépendance, la paix et l’intégrité territoriale de mon pays.

 

Aussi personne ne devrait-il être surpris que je ne puisse, en acceptant le verdict des comploteurs, avouer des fautes et une trahison que je n’ai pas commises et, face à l’histoire, m’agenouiller devant ces faux juges et leur tendre le cou. Ma « déposition » était d’ailleurs d’autant plus inacceptable qu’elle est intervenue huit mois après que les pleins pouvoirs aient été officiellement remis au gouvernement Lon Nol-Sirik Matak. Aussi est-ce bien ridicule, ou plutôt odieux, que les putschistes aient prétendu, en Mars 1970, « mettre fin à la dictature sanguinaire de Sihanouk » alors qu’ils disposaient déjà de toute l’autorité de l’État. Il n’y avait là qu’un prétexte : on voulait à tout prix se débarrasser de moi, s’assurer que la Statue du Commandeur ne troublerait pas leurs rêves de « grandeur »... et de corruption illimitée.

 

La lutte armée ? Je ne décidai de la lancer que le  23 Mars 1970, après le massacre affreux des manifestants Sihanoukistes non-armés par les soldats et les tanks de Lon Nol. Dans ma proclamation radio-diffusée de ce jour, je présentai à la nation les observations suivantes :

 

1)      Les usurpateurs du pouvoir d’État ont employé la force pour massacrer des compatriotes venus à la capitale pour réclamer le respect de la légalité constitutionnelle. Le gouvernement rebelle de Lon Nol et Sirik Matak a donc déclaré virtuellement la guerre au peuple cambodgien loyaliste.

 

2)      Devant la décision des usurpateurs de se maintenir au pouvoir par la force et du fait de leur trahison de l’indépendance et de la neutralité du Royaume au profit de l’impérialisme américain, du fait enfin de la nécessité absolue pour le peuple patriote de lutter pour la libération de la patrie de façon plus conséquente, au lieu de se faire massacrer inutilement par l’armée des traîtres, je lance, en ma qualité de chef légal de l’État, un appel à tous mes compatriotes pour qu’ils entrent dans le maquis, prennent les armes et mènent vigoureusement la lutte contre les traîtres et leur maître, l’impérialisme américain.

 

3)      Un Front uni national du Kampuchea (FUNK) est constitué en vue de permettre à tous les patriotes de toutes tendances idéologiques de s’unir, coordonner leurs efforts et actions de lutte et de préparer l’action à mener après la libération du pays afin de reconstruire celui-ci et assurer au peuple et à la nation une vie digne, libre et prospère.

 

4)      Une Armée de libération nationale est constituée qui groupe des combattants volontaires (nationalistes d’une part, communistes de l’autre). Cette armée s’appellera FAPLNK (forces armées populaires de libération nationale du Kampuchea).

 

Le Cambodge continuera à s’appeler, conformément à la Constitution, « Royaume du Cambodge ». Son gouvernement s’appellera « GRUNC » (Gouvernement royal d’union nationale du Cambodge). Le Cambodge restera fermement neutre et non-aligné.

 

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Chacun connaît mon passé anti-impérialiste et mes innombrables difficultés avec les États-Unis et leurs alliés thaïlandais et sud-vietnamiens. Avant Lon Nol, le général Dap Chhuon (en 1958-1959) avait organisé un complot pour me renverser et placer le Cambodge dans l’orbite américaine. La lutte politique et militaire que menait contre moi l’ancien Premier ministre Son Ngoc Thanh et les Khmers Sérei (Khmers libres) sous l’égide de la C.I.A. américaine n’a en fait jamais cessé.

 

On  voit que la lutte entre Cambodgiens pro-américaine et moi ne date pas de 1970, mais de bien plus loin. La guerre de 1970-1975, la plus violente il est vrai, entre les Khmers partisans des États-Unis et les nationalistes-neutralistes n’aura été que la seconde phase du conflit. Je dois souligner que, sans l’aide constante et multiforme accordée par les États-Unis à mes adversaires, jamais ceux-ci n’auraient pu mener les hostilités contre moi, parce qu’ils n’ont jamais eu le soutien du vrai peuple khmer dans leur politique d’aliénation de l’indépendance nationale. Les Khmers rouges les ont vaincus parce qu’entre des Khmers attelés au char de l’impérialisme étranger et des Khmers communistes luttant pour l’indépendance ou la libération nationale, les patriotes ne pouvaient choisir que les « indépendantistes », même rouges.

 

En 1979-1980, les Américains eux-mêmes reconnaîtront implicitement la faillite de leurs associés khmer sérei et se verront obligés - eux les « champions des droits de l'homme » - de s’associer à la Chine communiste pour soutenir les Khmers rouges dans leur tentative, d’ailleurs sans espoir, de récupérer le Cambodge tombé, par leur faute, entre les mains des communistes vietnamiens, alliés de l’Union Soviétique. Mais les renversements d’alliance sont monnaie courante dans l’histoire et bien naïf serait l’homme politique qui s’en indignerait...

 

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(+) - LE MONDE, numéro du 25 Mars 1972. Extraits : Dans le journal KHMER EKAREACH, M. Sim Var, ambassadeur au Japon et homme politique influent, vient d’écrire dans deux éditoriaux successifs :

 

« ... ( ... ) Le matériel de l’aide étrangère, par exemple les ambulances, n’est donné aux provinces que contre des pots-de-vin. Il en est de même pour les munitions demandées par nos troupes en province ( ... ). L'anarchie est dix fois plus grande que du temps de Sihanouk, car les services de douane ne font pas leur travail et des gens haut placés couvrent les contrebandiers. ( ... ) La corruption est maintenant cent fois plus répandue... ».

 

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APPENDICE

 

Témoignages...

 

T. Jeff Williams (Associated Press. March 30): . . . First hand evidence gathered in Cambodia's provinces by the Associated Press shows it is organized Sihanouk supporters who are ready to march on the Capital, not Vietcong troops . . . This has brought the army into confrontation with the Cambodian people in several instances and many Cambodians have been killed.

 

Anton Wills-Eve (Reuter, April 1): “Witnesses said that government troops met the rebels with a hail of machinegun fire, cutting down everyone in sight and leaving many dead on the road as an example to others not to rise up in support of Prince Sihanouk. An eye witness described the rebels as peasants…”

 

T. Jeff Williams (A. P. April 3): “ . . . Another violent demonstration . . . erupted . . . the population staged a demonstration in favor of Sihanouk. Army troops . . . opened fire on the marchers, killing thirty by the official count . . . Less than a week earlier, troops in the provincial capital of Kompong Cham . . . fired into another mob of 20,000 pro-Sihanouk demonstrators with automatic weapon fire and killed 27 outright, including a woman and a child. Two more died the following day . . . Police posts contacted by the Associated Press in several areas around this Indochina nation have said there have been numerous other shootings during demonstrations. Many more have reportedly been killed but details may never be known.

 

In addition, the government is rounding up thousands of persons suspected of being . . . pro-Sihanouk . . . Navy gunboats are anchored in midstream to guard against mass crossings by demonstrators attempting to reach Phnom-Penh. Such a march happened once last week and the government threw three tanks into the foray and opened fire into part of the crowd that had massed on the city's edge. A still undisclosed number of people was killed.

 

A question often raised by observers here is why the government is permitting its troops to shoot its own people . . .

 

. . . As part of its campaign to counter these anti-government emotions, the government has declared virtual martial law (cette loi martiale fut finalement promulguée en juin par le Parlement contrôlé par Lon Nol).

 

. . . The Constitution . . . suspended . . . these include the right of the government to take “necessary measures” in matters of police, justice, press and public opinion. Public gatherings and even private correspondence are now subject to government control”.

 

 

Jacques Doyon, du grand journal français de droite « Le Figaro » (No. du 20 avril 1970):

 

« On se souvient que les manifestants « pro-Sihanouk » venus de Kompong Cham les 26 et 27 mars sont arrivés par milliers aux portes de Phnom-Penh et furent dispersés à coup de fusil. La troupe demanda aux partisans du gouvernement de sortir des rangs, ou encore à ceux qui avaient été forcés de venir. Elle ouvrit le feu sur les autres. Un bon nombre s'enfuit sous les balles, notamment le long du Mékong. Ils se réfugièrent dans des villages vietnamiens et ce fut la chasse à l'homme.

 

« On se rappelle, comme nous l'avons écrit, qu'un bon nombre d'entre eux, probablement plusieurs centaines, furent interrogés de l'autre côté de la presqu'île. Ils furent emprisonnés jusqu'au 10 avril. À partir de cette date, selon un témoignage recueilli auprès des habitants des lieux, des bateaux de transports fluviaux vinrent embarquer les prisonniers. Le bac qui les transportait serait passé six fois, bourré de gens dont plus de la moitié au moins était des Khmers. Les bateaux bondés ont descendu le Mékong depuis la fin de la semaine dernière près de Neak Leung, ou même avant. Pour alléger les navires, les manifestants auraient été jetés à l'eau après avoir été exécutés ; certains avaient les mains liées derrière le dos.

 

 

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