Le Calice jusqu’à la Lie …

Première Partie - Chapitre 9

 

Le Martyre de ma mère

 

Dans les premiers jours qui suivent le coup d'Etat, je n’ai plus, même indirectement, le moindre contact avec S.M. la Reine ma mère. Les nouveaux maîtres du Cambodge en profitent pour, d'une part, essayer de nous séparer au plan politico-idéologique, et, d'autre part. pour semer systématiquement une inextricable confusion dans les esprits des gens, tant à l'intérieur qu’à l'extérieur du pays, en ce qui concerne et la position de ma mère vis-à-vis de moi, et mon propre sort à Pékin, cela afin de plonger la Reine et le peuple loyaliste dans le désespoir.

 Pour commencer, les putschistes font courir le bruit que, spontanément, ma propre mère a approuvé sans réserve ma condamnation et ma déposition "légale" par le Parlement cambodgien... et que, par conséquent, elle soutient le gouvernement de Lon Nol. Certains câbles d'agences de presse étrangères rapportent cette "nouvelle". Entre parenthèses, je n'ignore pas grand'chose de ce qui se dit et se trame chez mes ennemis en notre pays, car mon ami Chou En-lai me fait envoyer, chaque jour (je dirais même presque chaque heure) in-extenso, tous les câbles de toutes les agences de presse du monde entier {agences française, italienne, américaines, allemande de l'Ouest, allemande de l'Est, soviétique, britannique, japonaise, etc.).

 Pour le compte de son nouvel employeur, l'un de mes proches collaborateurs français des années 60 écrit un pamphlet extrêmement méchant contre moi dans lequel il affirme, entre autres calomnies grossières, que, faisant chorus avec la "jeunesse" du pays, ma mère me condamne pour ma "complicité avec les communistes" et ma "criminelle indulgence" à l'égard des communistes khmers condamnés par le tribunal militaire cambodgien. Il écrit: "Le chef de ce réseau (communiste), Non Suon, fut arrêté ainsi que ses complices. Le tribunal militaire les ayant reconnus coupables de haute trahison, ils furent condamnés à mort. Leur peine fut commuée par le prince Sihanouk, chef de l'Etat. De tels actes de clémence ne pouvaient qu'encourager les communistes. C'est probablement cela que la jeunesse du pays, comme sa propre mère (je souligne, N.S.),  ne pardonnera pas au "Petit Prince" (sic).

         Le même individu, par ailleurs, a écrit et écrira que, en les accusant d'être des communistes, Sihanouk a ordonné au tribunal militaire de condamner à mort, et à l'armée royale de fusiller sans pitié, des milliers, des dizaines de milliers de "patriotes". Or, ici, il n'hésite pas à se contredire ouvertement en affirmant que, au lieu de faire fusiller les agents subversifs condamnés à mort par le tribunal militaire (il confirme par là, involontairement, l'indépendance de la Justice militaire de notre pays vis-à-vis de Sihanouk, chef de l'Etat), j'ai commue leur peine et fait preuve de clémence ! 

Je connais trop ma mère pour être susceptible de la soupçonner une seconde de se désolidariser d'avec son fils. Plus tard, lorsque notre plus vieil et fidèle ami, le Docteur Armand Riche, aura réussi à "faire passer en contrebande" -pour utiliser une expression pittoresque de Hugh A.

        Mulligan, d'Associated Press - les lettres -ô combien émouvantes de ma pauvre maman -cette vérité apparaîtra: ma mère me soutient totalement; elle me fait connaître que, sans craindre la Police Militaire de Lon Nol et 1es espions qui la surveillent jour et nuit, elle ne cesse d'être en communion totale de coeur et d'esprit avec moi: pour me sentir toujours présent à côté d'elle, elle écoute toutes les émissions en Khmer -de jour et de nuit - de Radio Pékin, laquelle diffuse abondamment des nouvelles sur mes activités et surtout mes déclarations et mes messages à la Nation cambodgienne lus par moi-même ; d'entendre si clairement ma voix à Phnom Penh, chez elle, la rassure et la réconforte ; mais elle souffre au-delà de toute expression quand, parallèlement à  Radio Pékin, Radio Phnom Penh, à longueur de journée, aboie après moi, me calomnie odieusement, me traîne dans la boue, m'abreuve d'injures ; elle me fait savoir combien notre petit peuple (les paysannes en particu1ier), est bon et généreux envers elle et combien les humbles citoyens et citoyennes de chez nous  -ont à notre égard et à celui de la monarchie une attitude noble et un jugement équitable alors que les "grands", les "riches", les "intellectue1s" se montrent si méchants, si injustes, si ingrats ou si lâches. Elle m'envoie des photos bouleversantes la concernant. Ce sont des épreuves instantanées en couleurs (système Polaroid) sans doute prises par l'un de ses petits-enfants. L'une d'elles m'a fait pleurer: elle qui, en 1969 encore, avait, selon ses médecins, un excédent de poids par rapport à sa taille, est devenue d'une maigreur extrême. Dans l'une de ses lettres, elle m'avoue qu'elle n'a plus aucun appétit et se force, chaque jour, à avaler quelques aliments rien que pour survivre dans l'espoir, si mince soit-il, de me revoir un jour et me serrer une dernière fois dans ses bras avant d'expirer. Elle me précise qu'elle n'arrive en tout et pour tout à avaler à chaque repas que deux (et au maximum trois) cuillerées à dessert d'aliments. Sa chevelure qui était abondante et ne comportait que quelques fils blancs en 1969 est devenue en un rien de temps clairsemée et presque toute grise- blanche. 

Je pense qu'à n'importe quelle personne, sauf aux Lonnoliens et autres régicides au Cambodge, sa nouvelle physionomie ne manquerait pas d'inspirer une immense pitié. Moi, je me sens, un moment, désespéré. Mais, comme diraient les astrologues, un homme né sous le signe du scorpion arrive toujours à surmonter son désespoir; c'est un lutteur de tempérament. Je me suis donc juré de lutter jusqu'au bout contre une telle injustice et l'innommable lâcheté de mes ennemis qui font de ma mère, naguère si belle et rayonnante, une loque humaine. 

Une loque au physique, mais pas au moral, heureusement. Je crois que j'hérite de ma mère cette énergie intérieure qui permet d'affronter sans fléchir les pires épreuves et les plus violents orages. Ma mère possède un sens de la dignité et de l'honneur peu commun et un courage qu'aucun des putschistes ne peut prétendre posséder. 

Ces derniers lui ont fait sentir qu'elle devenait encombrante à  l'intérieur d'un Palais "royal" qui, à partir du mois d'Octobre 1970, devait devenir "républicain". 

A l'intérieur du Palais Royal de Phnom Penh, ma mère, depuis le décès de mon père" le Roi Suramarit, avait quitté la Résidence Royale pour habiter un petit pavillon. Mais, face aux prétentions et exigences "republicaines" des ex-piliers du Trône khmer, elle se doit de se montrer "plus Reine et plus Royale que jamais". En dépit de son isolement et de sa faiblesse physique extrême, Sa Majesté Kossamak décide de réoccuper le Palais Khémarin, dans un Palais ceinturé par la Police Militaire de Lon Nol, les policiers de Sirik Matak et déserté par 90% de son entourage habituel. Ma mère m'envoie une photo Polaroid en couleurs d'elle-même assise dans un fauteuil qu'encadre majestueusement la porte d'entrée aux ornements sculptés dorés du "Khémarin" (Résidence Royale qu'avait occupée :le Général de Gaulle lors de sa visite historique en 1966). Tout cela, c’est pour bien montrer que la Monarchie khmère reste le seul régime légal du Pays et que, symbole de cette Monarchie, elle n'entend pas abdiquer, même devant les menaces. 

Dans une troisième photo, ma mère présente à ses côtés une admirable statuette en or massif du Buddha, qu'elle a fait réaliser par l'un de nos meilleurs orfèvres. Dans l'une de ses lettres, elle me dédie les mérites de cette réalisation afin que je "triomphe de l'adversité et j'atteigne les nobles et patriotiques buts que je vise dans ma lutte". 

Du 18 Mars au 20 Juillet 1970, Sa Majesté ma mère aura réussi à tenir tête à ses persécuteurs, naguère ultra-royalistes et "sihanoukistes", aujourd'hui républicains "bon teint". 

Le 14 Juillet 1970 (14 Juillet: anniversaire de la Révolution française qui aboutit, en 1793, à la décapitation de Louis XVI), le gouvernement Lon Nol précisera ses menaces à ma mère: si elle continue à refuser de quitter le Palais Royal, elle en sera expulsée manu militari Un câble de l'Associated Press, en date du 21 Juillet 1970, donnera la nouvelle du transfert, "by friday", de ma mère, « in a dramatic and bitter break with the monarchy, to a small house near the Independence monument". En fait, cette petite maison est celle-là même où j'étais né, en 1922, et qui a toujours appartenu à ma famille. Nous l'avons offerte, dans les années 50, à la nation et elle est devenue le "Musée Sihanouk". Au lendemain de leur coup d'Etat, les Lonnoliens ont totalement pillé le contenu du Musée qui comportait un nombre appréciable d'objets d'art et d'antiquités, et mettent ainsi la maison vide, sans aucun meuble, "à la disposition" de ma mère.  

Au début de 1971, à Pékin, j'écrirai, dans le B.M.D. (Bul1etin Mensue1 de Documentation de mon Secrétariat), ces lignes à propos du traitement soi-disant "chevaleresque" réservé à ma famille restée à Phnom Penh par les putschistes: 

"Le 9 Octobre 1970 Lon Nol et son gang ont décidé, sans aucunement consulter le peuple khmer dans son ensemble - et pour cause!- de transformer le Royaume khmer, presque bimillénaire, en une "république"... fasciste. 

Cette "république" s'est donné comme "devise": Liberté –Egalité -Fraternité -Justice -Bonheur -"pour tous". 

La première application de cette devise "alléchante" fut de confirmer à la nation khmère que sa vie continuera, comme depuis le jour du coup d'Etat du 18 Mars 1970, à être régie par la Loi martiale. 

En ce qui concerne les membres de la Famille ex-régnante, ils furent non seulement rabaissés au rang de "roturiers" mais encore de "sous-hommes" et "sous-femmes" -Thanat Khoman, le Ministre des Affaires étrangères de Thaïlande, m'avait d'ailleurs donné déjà le nom de "sub-human" au lendemain de mon élection (en 1960) à la tête de l'Etat khmer. Oui: "sub-humans" sont désormais devenue les membres de ma famille demeurés, où plutôt séquestrés, à Phnom Penh. 

Ils n'ont aucun des droits qu'on reconnaît à un citoyen normal. Le "gouvernement" de Lon Nol a fait croire au monde civilisé qu'après avoir chassé ma mère, Sa Majesté la Reine Kossamak, du Palais Royal, devenu "Palais Républicain", il mettait à sa disposition "une grande et confortable villa". Or ce "généreux cadeau" de Lon Nol n'est, en réalité, que la maison qui m'avait vu naître en 1922 et que ma famille offrit au Peuple pour en faire un Musée au lendemain de l'Avènement de mon Père, le Roi Suramarit ! 

La presse de Nixon (U.S.A.), de son côté, assure "urbi et orbi" que la Reine Kossamak est traitée par ses sous-valets de Phnom Penh avec une "galanterie" sans pareille ! 

"Sans pareille", en effet, mais il s'agit d'une galanterie "très spéciale". 

Qu'on en juge: la maison est ceinturée de tres pres par un cordon de "P.M." -Police Militaire - dont les hommes sont choisis parmi les pires bourreaux des milliers de civils vietnamiens, lors du tristement célèbre "pogrom" anti-vietnamien de Mars et Avril 1970. Ma mère (malade et âgée) n'a absolument pas le droit de recevoir des visiteurs autres que... le médecin de la famille royale, le Docteur (français) Armand Riche. Elle n'a pas le droit de correspondre avec qui que ce soit: des fouilles systématiques et "intégrales" sont effectuées sur toute personne (même féminine) entrant dans la villa ou sortant de celle-ci. 

A cette mesure inhumaine s’en ajoutent beaucoup d'autres dont les principales victimes sont mes enfants. Ceux-ci ne peuvent se montrer quelque part sans que les jeunes lonnoliens les injurient bassement et crachent sur eux en les menaçant de lynchage. Trois d'entre eux, dont une femme de santé fragile, mère de trois enfants en bas âge, n'ayant jamais fait de politique, sont aujourd'hui emprisonnés et seront incessamment jugés... et condamnés par la Cour martiale. Les deux garçons, Naradipo et Ranariddh, avaient été, durant des mois (avant leur arrestation), mis en "résidence surveillée" où la Police Militaire les séquestrait et contrôlait de très près leurs moindres faits et gestes. Cela veut dire qu'aucun complot ne pouvait être fomenté par eux. Aujourd'hui, ils sont officiellement accusés d'avoir dépensé plusieurs milliers de Francs français (des francs Lourds !) -je me demande où ils auraient pu se procurer ces devises fortes étrangères- pour produire des tracts, fabriquer des grenades et louer le service de "voyous" pour les lancer en ville! Chez Ranariddh, les Lonnoliens ont trouvé aussi d'autres "preuves accablantes" de sa "trahison": il s'agit de coupures du journal français «Le Monde » (sic)! Comme quoi, le fait de lire le journal "Le Monde" (non communiste) peut, à Phnom Penh, mener un "ex-prince" devant le peloton d'exécution!  

Ma fille Botum Bopha, elle, n'a jamais fait de politique. Depuis son mariage, elle ne s'était occupée que de son ménage et de ses enfants. En outre, tout le monde à Phnom Penh sait qu'elle n'a jamais joui d'une bonne santé. Il y a une dizaine d'années, elle avait failli mourir à la suite d'une très grave maladie. Elle est aussi accusée officiellement, comme ses deux frères, d'être à la tête du mouvement de terrorisme qui avait en Octobre, Novembre et Décembre derniers ébranlé la "tranquillité" phnompenhoise (y compris l'attentat contre les Bureaux de l'Ambassade des U.S.A.) !  

En fait, Botum Bopha est, aux yeux de Lon Nol, bien "coupable" puisqu'elle a osé crier à l'injustice (sic) le jour des funérailles de son oncle, S.A.R. le Prince Sisowath Monileakhena, major de l'Armée cambodgienne, froidement assassiné, une semaine auparavant, par un capitaine lonnolien "décidé à balayer″ du sol du pays tous les princes, suceurs du sang du peuple" (sic). 

Dès le lendemain du putsch de Lon Nol (19 Mars 1970) mes enfants avaient présenté au vice-Premier ministre, Sisowath Sirik Matak, une requête sollicitant du gouvernement du coup d'Etat l'autorisation de s'expatrier. Un refus catégorique suivi de mise en "résidence surveillée" fut la réponse des fascistes phnompenhois...". 

M. Hugh A. Mulligan, de l'A.P., dans son câble en date du 21 Juillet 1970 donne, par ailleurs, ces détails: "Dissident factions in the almost powerless legislature grumbled that the government's action against the members of the royal family was in violation of Cambodia's Constitution, which technically calls for a monarchy. (...) It is known for a certainty that the queen mother has been in constant contact with her son through letters smuggled (je souligne N.S.) out of the palace and mailed through Paris by friends". 

En fait, mon "contrebandier" principal est tout simplement le Médecin-Général Armand Riche que les "SS" de Lon Nol fouillent à son entrée et à sa sortie de la maison de ma mère et qui a trouvé le moyen de cacher (dans ses bas et souliers sans doute) les lettres de la Reine destinées à son fils. 

Pour sa part, S.E. Etienne Manac'h, Ambassadeur de France en la R.P. de Chine, écrit à mon Conseiller, le Général Ngo Hou, à Pékin, une lettre (datée du 20 Avril 1970) qui dit: "Je vous saurais gré de faire savoir a Monseigneur que je suis intervenu immédiatement, comme il en avait exprimé le souhait, pour avoir des nouvelles de Sa Majesté la Reine. Je n'ai pu vous donner samedi les indications que nous avions reçues, car nous n'avons pas eu la visite d'un représentant du Secrétariat du Prince. Les voici donc: Le médecin-général Riche continue de voir la Reine chaque jour, et parfois deux fois par jour. Il précise que la santé de Sa Majesté est bonne et qu'Elle résiste bien à l'épreuve morale que les récents événements constituent pour Elle. Elle s'est installée au Palais Khémarin et Elle entend y demeurer bien que le conseil lui ait discrètement été donné d’aller résider ailleurs. Depuis trois jours (avant le 17 Avril), un agent de la Sûreté note les numéros des voitures qui entrent au Palais. La Reine ne reçoit d'ailleurs presque plus de visiteurs. Je vous saurais gré de faire savoir à Monseigneur que je demeure à sa disposition pour maintenir ses contacts avec Sa Majesté". 

Non contents d’humilier ma mère et de la rendre malheureuse au suprême degré en me déposant me traînant dans la boue et me couvrant d’infamie, les Lonnoliens, constatant que ma mère n'est pas encore complètement terrassée, lancent alors le bruit de ma (très imaginaire) tentative de suicide à Pékin et orchestrent une vaste propagande en direction du monde entier, selon laquelle je n’ai jamais été qu'un fou.  

Une Américaine, nommée Roxanna Brown, s’est empressée d'aller interviewer, au nom de l'Agence U.P.I., le Médecin de la famille royale et celui qui me connaît le mieux en tant qu'ami et... médecin:le Docteur Riche. Le câble de Roxanna Brown, que les propagandistes lonnoliens ont réussi à faire perdre le sens de l’humour... anglo-saxon, mérite, par son sérieux, d’être reproduit dans son intégralité:

U.P.I. Phnom Penh, June 17 (1970).- The French doctor who sent prince Norodom Sihanouk abroad for his health said today the former Cambodian ruler’s obesity probably cost him his country. Dr Armand Riche also denied reports that Sihanouk was mentally ill. "Prince Sihanouk's only problem was his weight", Dr Riche told UPI. "I’d have to send him off to France and have him put in a clinic under lock and key to make him lose weight. It was I who chose the clinic". It was while the prince was (under treatment) in a French clinic early this year that Cambodian opposition leaders rallied around gen. Lon Nol and overthrew Sihanouk. Even members of the new salvation government admit that any coup against Sihanouk would probably have been impossible had he been in Cambodia. "Prince Sihanouk's absence in France was a most important factor in his downfall", the doctor said. Dr Riche has been the doctor of the Cambodian royal family for 29 years, and he said obesity was the only health problem of the pudgy prince. "There certainly was nothing mentally wrong with Sihanouk", Dr Riche said. "Of course he has a particular personality but no mental illness. He certainly is not a schizophrenic, which has often been charged. If he were, he would be characterized by some constraining of' the personality, and he is certainly not like that. In fact, he is just the opposite. Dr Riche said the prince was timid when he was young. The big change in Sihanouk's life came after the fight for independence 16 years ago. "The prince was very sincere about this", Dr Riche said. "He wanted neutrality for his country". The family physician said there had been intermarriage in the Cambodian royal family and that some members of the royal household "are not very bright". "But prince Sihanouk is very intelligent", the doctor said, ''as is his 69-year-old mother whom I visited just the other day".

 

MES ENNEMIS N'ONT RECULE DEVANT RIEN...

 

        Je voudrais ajouter à ce chapitre quelques considérations qui ne sont pas sans importance, en ce qu'elles relatent les tentatives odieuses qui ont été faites afin de dresser Sa Majesté la Reine ma mère contre moi. 

Ces tentatives émanent, bien entendu, des gens de Lon Nol et de Sirik Matak et de certaines personnes du Palais Royal qui avaient embrassé la cause de mes ennemis, mais aussi de certains de mes anciens collaborateurs français. 

Tout ce beau monde s’est réuni pour répandre, très fort, le bruit selon lequel, avant le 18 Mars 1970, j'avais décidé, à mon retour de France, de remonter sur le Trône du Cambodge et de faire couronner comme Reine Monique Sihanouk, ma femme. 

Dans un livre, un ancien expert français que j'avais comblé d'honneurs avait raconté une histoire pleine de détails sensationnels. Selon lui, ma femme Monique s'était fait faire une mirifique couronne royale à... Hong Kong et des Princesses de son entourage s'étaient vues obligées de commander dans cette même ville des couronnes serties de diamants pour les porter le jour du couronnement de Monique, puisqu'elles devaient être ses dames d'honneur ! 

Dans le même livre, Ch. M. affirme que j'ai fait assassiner les jeunes intellectuels Khmers rouges (Khieu Samphân, Hou Yuon, Hu Nim) et les ai fait enterrer près de ma résidence de Chamcar Mon. Or, mes "victimes" se portent bien et je les retrouverai en 1973, en zone libérée, comme ministres du GRUNK.  

“Ces intellectuels, par contre, seront, pour certains d'entre eux (Hou Yuon et Hu Nim), supprimés par les gens de Pol Pot et Ieng Sary. Seul Khieu Samphân fera carrière au sein du Collectif Khmer Rouge... au prix de quels reniements.) 

Je jure qu'à aucun moment je n'avais pensé à redevenir Roi. En abdiquant en Avril 1955, j'avais solennellement juré de ne jamais remonter sur le Trône. Quant à mon amour pour Monique, il ne m'a jamais incité à faire d'elle une "Joséphine" khmère! J'ai trop de vénération pour ma mère pour avoir pensé un seul instant à l'écarter du Trône qu'elle seule était digne d'occuper et de symboliser. 

Les calomnies de mes ennemis à mon encontre ne se comptent plus entre Mars 1970 et Avril 1975. Parmi elles, il y a cette histoire de "l'assassinat" de ma main, en Mars 1970, à Pékin, de l'envoyé personnel de ma mère, M. Ker Meas. J'aurais, sur les injonctions de ma femme, tué M. Meas à coups de revolver! 

Après l'avoir prétendument trucidé, on sait que j'ai nommé M. Ker Meas ambassadeur du Royaume du Cambodge en R.P. de Chine, un Ambassadeur bien visible de tout le Corps Diplomatique et autres gens à Pékin, à Hanoi, à Pyong Yang et même... à Paris! 

Il y a aussi l'histoire de ma femme qui se serai "enfuie en Suisse avec son amant”, alors que Monique ne m'a jamais quitté, à aucun moment! 

L'équipe des Lon Nol/Sirik Matak n'a vraiment reculé devant aucune ignominie pour me salir et m'humilier...

 

APPENDICE (I)

 

A.F.P., Pékin, 10 Octobre 1970, par Pierre Comparet :

M. Sarin Chhak, Ministre des affaires étrangères du GRUNK, a accueilli ce matin par un éclat de rire les rumeurs, circulant à Phnom Penh, selon lesquelles le prince Sihanouk aurait tenté de se suicider "parce qu'il avait perdu tout espoir de reconquérir le pouvoir". M. Sarin Chhak a été interrogé à ce sujet à l’issue d'une conférence de presse consacrée à la position du Gouvernement Royal après la proclamation de la République à Phnom Penh. "Vous pouvez constater vous-mêmes que le Prince sort chaque jour dans Pékin", a ajouté le Ministre. Effectivement, le prince Norodom Sihanouk a participé ces jours derniers à différentes manifestations publiques. Il a accueilli avant-hier, jeudi, la délégation qu’il avait envoyé au Caire aux funérailles du Président NASSER et qui était conduite par M. Penn Nouth, Premier Ministre du GRUNK. Plusieurs personnes ont rencontré le prince Sihanouk ces derniers temps et n’ont remarqué aucun changement dans son comportement.

A.F.P., Pékin, 10 Octobre 1970, par Pierre Comparet :

“Regardez-moi: je n'ai pas une égratignure ", a déclaré au correspondant de l'AFP le prince Norodom Sihanouk, samedi, dans sa résidence de Pékin. Se moquant des rumeurs qui ont circulé à Phnom Penh ces jours derniers au sujet d'une tentative de suicide qu'il aurait commise, le prince a ajouté : "Ils prennent leurs désirs pour des réalités". A ces mots le prince ouvrit sa veste et découvrit son cou et ses mains. "Vous pourrez dire, ajouta-t-il, que vous m'avez vu en chair et en os, que je ne me suis pas pendu et que mes poignets sont intacts”. Le Premier Ministre du GRUNK, M. Penn Nouth, était aux côtés du prince. "Vous pouvez voir qu'il ne s'est pas réfugié dans une ambassade occidentale", a déclaré le prince Sihanouk, démentant ainsi d'autres rumeurs. "Quant à mes soi-disant espoirs de reprendre le pouvoir, a poursuivi le prince, j'ai toujours dit que je lutte pour la libération du Cambodge et non pas pour reprendre le pouvoir. Que Lon Nol ne compte ni sur mon suicide, ni sur mon désespoir, ni sur notre lassitude. Nous ne reculerons jamais, même si notre lutte doit durer vingt ans. Et nous gagnerons. C’est certain! Nous pourrions être battus si nous allions nous battre aux Etats-Unis, mais nous sommes chez nous en Indochine. Et la Chine est notre arrière sûr. J’ai rencontré à nouveau le Président MAO TSETOUNG, à l’occasion du Premier Octobre, et il m'a confirmé que la Chine continuerait à nous appuyer jusqu'à la victoire finale", a conclu le prince Sihanouk. 

APPENDICE (II)

 

Dans l'une de Ses lettres, Sa Majesté la Reine Sisowath Kossamak, ma mère, a bien voulu me dire que, chez nous, mon "Message spécial aux intellectuels″, en date du 18 Août 1970, avait "fortement et favorablement impressionné nos compatriotes par la solidité de son argumentation".

Voici de larges extraits de ce "Message spécial" :

"... Pouvez-vous vraiment croire la propagande de Lon Nol et Cie quand elle affirme que le Président Nixon et les U.S.A. dépensent des sommes folles en dollars U.S., versées à Thieu-Ky et aux Lonnoliens, par "amour" pour les "jaunes" du Vietnam et du Cambodge ? 

Est-ce que votre conscience peut vous donner l'assurance que l’impérialisme américain est d'une nature différente du colonialisme européen, celui, par exemple, que Khmers, Lao et Vietnamiens ont "expérimenté" naguère ? 

Selon la propagande de Lon Nol, Sirik Matak, Sim Var, Douc Rasy et Trinh Hoanh l’intervention armée au Cambodge ordonnée (en Mai dernier) par Nixon est suscitée par l'amitié et l'affection que les Américains (blancs) éprouvent pour le peuple khmer (jaune ou bronzé). 

Votre conscience peut-elle y croire quand les B-52, les F 105, les Phantoms de Nixon et de Thieu-Ky versent des milliers et des milliers de tonnes de bombes, de napalm sur nos provinces, nos districts, nos villages, nos villes et jusque nos temples sacrés d'Angkor ?

Le peuple Khmer patriote a une conscience qui ne triche pas avec la réalité des choses. 

(…) Vous devriez demander à votre conscience ce que défendent en réalité les Lonnoliens (leurs propres intérêts ou ceux du peuple ?) quand ils envoient à la guerre, à la mort des dizaines de milliers de jeunes recrues.

*

*   * 

Vous poussez votre couardise jusqu’à accompagner Lon Nol- Sirik Matak dans leur "croisade anti-Sihanouk" où ils me traînent sauvagement dans la boue de leurs monstrueuses calomnies, injustes accusations et intolérables humiliations qui ne font que les déshonorer et déshonorer notre pays et notre race aux yeux du monde civilisé. 

Vous avez sauté de joie quand les usurpateurs du pouvoir constitutionnel à Phnom Penh vous annonçaient la fin de ma soi-disant politique d'obscurantisme, la fin de mon soi-disant despotisme, la fin de ma soi-disant politique de sabotage économique, la fin de ma soi-disant politique d'aliénation de l'indépendance nationale et de l'intégrité territoriale du pays "au profit (soi-disant) des Vietnamiens rouges". 

Sous la direction de Lon Nol Sirik Matak vous avez déjà passé plus de 4 mois à "réformer" la politique nationale. 

Je vous demande quels résultats vous avez obtenus en matière de "concrétisation" de vos promesses solennelles faites à la nation et en prenant le monde à témoin. 

A ce monde vous  parliez et parlez de l'"obscurantisme" de ma politique, alors que j'avais réussi à doter, avec le concours du peuple, notre pays de milliers d'écoles primaires, de centaines de collèges et lycées, d'une quarantaine de facultés et de 9 universités respectivement fréquentés par plus d’un million d’élèves et plusieurs centaines de milliers de collégiens, lycéens et étudiants. 

Votre bande, depuis plus de 4 mois déjà, exerce une dictature sans partage. Qu'a-t-elle fait pour la jeunesse en matière d'éducation nationale ? A-t-elle construit la moindre école ? Quelle instruction nouvelle a-t-elle dis- pensée à la jeunesse, à part l'instruction militaire dispensée aux élèves et étudiants Que Lon Nol - Sirik Matak devaient vendre à l'impérialisme américain pour lui servir de "chair à canon" et pour mourir à la place des soldats yankees? 

Aujourd'hui, les écoles, les collèges, les lycées, les universités que j’avais encouragé la nation à construire sont transformés en casernes quand ils ne sont pas détruits délibérément par les bombes des avions U.S. et saigonnais de Thieu-Ky. 

Même les beaux bâtiments offerts par notre grande amie la R.P.C. pour loger nos athlètes et sportifs sont aujourd’hui transformés en casernes logeant les Khmers-Krom mercenaires de la C.I.A. américaine. 

Est-ce cela que vous autres appelez "la politique éclairée de relèvement de l'instruction publique" ? 

Si j’étais réellement un "despote pratiquant une politique d' obscurantisme″, comment se fait-il que vous soyez tous devenus des intellectuels nantis de hauts diplômes ? 

Vous  ne devriez pas vous laisser égarer à ce point.

*

*   *

Eu égard au problème de notre démocratie vous vous êtes laissé égarer également à un degré inimaginable. 

Vous m'appelez “le despote, oppresseur du peuple”. 

Mais à l'époque où je me trouvais au milieu du peuple, celui-ci avait parfaitement le droit d'avoir des opinions opposées à celles du gouvernement royal et de le critiquer à loisir. Les très nombreux journaux privés et les Congrès nationaux ne se privaient jamais de critiquer, d'interpeller quelquefois très violemment, les organismes d'Etat, l'administration et les dirigeants. 

Qu'avez-vous apporté à la démocratie nationale, depuis le 18 Mars dernier, qui pût faire croire au monde que, conformément à vos promesses, cette démocratie devient plus "réelle" ? 

A Saigon, les dictateurs Thieu-Ky, patrons de Lon Nol - Sirik Matak, reconnaissent aux citoyens vietnamiens jeunes et vieux le droit de faire des manifestations publiques anti-gouvernementales. 

Au Cambodge, Lon Nol - Sirik Matak a ordonné à ses fantassins, à ses tanks, à ses autos blindées, à ses bâtiments fluviaux de fusiller, de mitrailler, de canonner, d'assassiner sans pitié les pacifiques manifestants qui réclamaient mon retour au pays. 

Votre groupe m'accuse de "n'avoir pas de respect" pour l'Assemblée nationale. 

Pendant 15 ans, de 1955 à 1970, le Président du Saingkum Reastr Niyum que j'étais n'a pas une seule fois prononcé la dissolution des assemblées nationales qui se sont succédées. 

Seul votre Sim Var osa dissoudre l'Assemblée nationale quand celle-ci allait l'interpeller, lui, Président du Conseil des Ministres à cette époque-là. 

Vous m'accusez d'avoir menacé même de "mort" les députés. Certains députés me critiquaient violemment au sein de l'Assemblée nationale, me calomniaient, manifestaient à mon égard une grande insolence: tel était le cas de Sim Var, Trinh Hoanh, Douc Rasy, etc... 

Mes seules ripostes contre ces messieurs étaient verbales et, tout au plus, radiodiffusées. Mais à part cela, ils étaient intouchables par moi qui n'avais jamais pris la moindre mesure coercitive contre eux. 

Comment pouvez-vous nommer "démocratie" le régime actuel de vos employeurs qui ont enlevé au peuple toutes les libertés et tous les droits fondamentaux qui lui étaient reconnus par la Constitution du Royaume ? 

Aujourd'hui, les citoyens Khmers n'ont plus le droit de critiquer, de manifester contre le gouvernement, de se livrer à toute autre forme de Contestation. Ils n'ont plus le droit de libre réunion, de libre discussion, de libre correspondance, d'avoir une presse libre. Leurs domiciles ne sont plus Inviolables. Ils n'ont même plus le droit d'écouter les bulletins d'information des stations de radiodiffusion autres que celles désignées par le régime. 

Aujourd'hui les citoyens qui osent critiquer ou même ne pas approuver totalement la politique, les décisions et les actes des dictateurs Lon  Nol et Sirik Matak sont arrêtés, ligotés, emprisonnés, enchaînés, torturés et beaucoup d'opposants ont même été "liquidés" sans autre forme de procès. 

Aujourd'hui la sinistre Loi Martiale de Lon Nol - Sirik Matak réduit les citoyens khmers à l'état d"'animaux domestiques″ dont les seuls droits sont d’exécuter aveuglement leurs ordres de mourir pour que eux et l'impérialisme américain vivent et de subir sans murmurer toutes les peines qu'il plaît à la clique de Lon Nol de leur infliger. 

Et c'est cette atroce et inhumaine dictature que vous, des intellectuels!, osez qualifier de "lumineusement démocratique" par opposition "au despotisme de Sihanouk" !

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*   * 

Chéng Héng, le "Chef d' Etat" marionnette de Lon Nol - Sirik Matak, m'a accusé d'avoir "mène l'économie nationale à la catastrophe". 

Et maintenant, combien "brillante" et prestigieuse " est l'économie nationale "édifiée" par votre groupe? 

Un dixième à peine des usines et manufactures dont j’avais présidé à la réalisation sont à l'heure actuelle encore en état de marche. 

Quant aux autres entreprises industrielles elles sont soit détruites par la guerre soit désertées par leur personnel “appelé sous les drapeaux" pour servir de "chair à canon" à l'impérialisme américain.

 

Même les grands magazines des impérialistes U.S., maîtres de Lon Nol-Sirik Matak et de votre groupe, ont écrit noir sur blanc que depuis votre prise de pouvoir l'économie nationale khmère atteint le fond de l'abîme. 

"NEWSWEEK", dans son numéro du 13 Juillet 1970, qualifie l'économie khmère "à l'ère de Lon Nol-Sirik Matak " de "shattered", ce qui veut dire en français "brisée en petits morceaux", "délabrée" . 

Ce même "NEWSWEEK" ajoute: ″Foreign reserves are dwindling rapidly. The government is printing new currency at the rate of $ 10 million a month." 

Un autre important magazine américain, "U.S. News and World Report", dans son numéro du 13 Juillet 1970, a diffusé cette nouvelle : “The government in Phnom Penh is breaking down. Taxes are uncollectible. Commercial life is sliding to a standstill. The untrained army is grasping for life. 

"To those who have watched events here since mid-March when Prince Norodom Sihanouk was ousted, the situation is disheartening. 

"Financially, Cambodia is in deep trouble. Major rubber plantations have been overrun. Many rice fields are untended. The export goal could drop to zero. 

"Peasants need some cash. A foreign agricultural expert says "It's almost impossible these days for most farmers to market anything." 

Est-ce cela, que Chéng Héng "la marionnette" a promis solennellement à la nation comme étant "le sauvetage de l’économie nationale que Sihanouk avait amenée à la catastrophe"?

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Vous qui êtes des intellectuels devriez avoir le courage de "regarder la vérité en face", c'est-à-dire la situation catastrophique de notre Pays, à l’heure actuelle, qui est "l'oeuvre" de vos patrons Lon Nol- Sirik Matak. 

Vous m'avez copieusement insulté m'accusant "d'avoir laissé les "Vietnamiens rouges" s'infiltrer au Cambodge pour "avaler" le territoire Khmer". 

Vous avez incité notre peuple et notre jeunesse à prendre les armes pour faire la guerre aux Vietnamiens, "'débarrasser, proclamiez-vous, le territoire national de tous les Vietnamiens en l'espace de 2 mois au maximum". 

Cela fait déjà plus de 4 mois que la guerre provoquée par vous dure. Quels sont les résultats réels de votre soi-disant "sauvetage" de la Patrie? 

Ces résultats réels sont les suivants :

-La bande de Lon Nol-Sirik Matak s'est vue contrainte d'aller lécher les bottes de Thieu-Ky, les suppliant de venir la sauver d’une chute certaine face aux assauts héroïques de notre peuple khmer révolutionnaire. 

Vous rappelez-vous cette "grande" conférence de presse tenue par Lon Nol à Phnom Penh, il y a 3 mois, au cours de laquelle ce traître affirmait qu'il avait avec lui les 7 millions de Khmers et qu'il n'aurait jamais besoin de faire appel aux armées étrangères, l’aide étrangère en armes et équipement militaire lui suffisant? 

Quelques jours après, on vit Lon Nol, Yèm Sambaur, Sim Var, Srey Samân, Son Voeunsai, etc… s'affoler et se démener désespérément pour mendier des Américains, des Vietnamiens Thieu-Ky, des Thaïlandais Kittikachorn-Charusathien, etc… une urgente intervention armée au Cambodge afin de leur sauver la vie, sauver la vie de leur régime traître et antipopulaire et celle de leurs propres familles dans Phnom Penh ! 

Ces renégats n'ont jamais pense aux intérêts et à la vie de notre peuple habitant en dehors de Phnom Penh. 

Non seulement le sort du peuple ne les intéresse pas, mais encore ils se sont appliqués à obtenir que les Américains, les Saïgonnais, les Bangkokois réactionnaires envoyent leurs avions de mort et leurs hélicoptères offensifs pour faire pleuvoir des bombes et du napalm sur la tête de ce peuple, mitrailler sans pitié les populations civiles des villes, des districts, des villages, exemples Svay Rieng, Kandal, Prey Veng, Kratié, Stung Treng, Rattanakiri, Mondulkiri, Kompong Cham, Kompong Thom, Kompong-Speu, Kirirom, et même Siemreap- Angkor, où les renégats acceptent de bon coeur que les avions des impérialistes U.S., ceux de leurs valets de Saigon et de Bangkok détruisent nos monastères et nos temples antiques. 

Ceci est absolument vrai. Les traîtres prétendent qu'il y a des troupes "communistes" dans les temples d' Angkor. 

En réalité, dans ces temples se trouvaient des réfugies civils, des paysans khmers non armés. La presse américaine elle-même révèle que les avions n’ont fait que mitrailler une population civile non combattante. 

Exemple: l’Agence U.P.I., le 27 Juillet dernier, a diffuse un câble de Robert Kaylor disant "allied air strikes are firing regularly inside the Angkor Wat temple complex and are causing civilian casualties here, well informed Western sources said today. 

"On one occasion in the past 10 days propeller-driven allied warplanes fired into the compound of the main temple it-self and killed three civilians, the sources said." 

"They said the heaviest concentration has been along the road leading from the French conservatory to the main temple" with an undetermined number of civilians killed and wounded." 

Devant un crime aussi monstrueux que constitue l'autorisation donnée par le traître Lon Nol aux avions de ses maîtres américains, saigonnais et thaïlandais de s'attaquer à nos temples sacrés et d'y assassiner de pauvres réfugiés, Vous, intellectuels, pouvez-vous rester longtemps sans réaction? 

Vous vous appelez "l'élite" de la nation. Sied-il à une élite digne de ce nom de rester passive devant un tel crime? 

Vous savez pourtant que votre patron, Lon Nol, a bien déclaré que, en dépit des éventuels développements de la guerre, "Angkor resterait cité ouverte". 

Or ceci n'est en fin de compte qu'un mensonge éhonté devant l'opinion mondiale. 

Maintenant Angkor est gravement endommagé par les bombes et les mitrailles des avions des maîtres de Lon Nol. 

Jusqu'à quand resterez-vous "fiers" du régime de vos patrons ?

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        *   *

Vous avez approuvé Lon Nol et Cie quand ces traîtres décidaient de livrer le pays aux Thaïlandais de Bangkok et Vietnamiens de Saigon. 

En Juillet dernier, Lon Nol s'est rendu à Bangkok dans le but d'inviter avec insistance les forces armées thaïlandaises à venir occuper Siemreap et Battambang. La preuve en est cette honteuse déclaration du frère cadet de Lon Nol, le Major Lon Non, faite à Bangkok le 21 Juillet (1970) (rapportée par AFP): "Major Lon Non, brother of Cambodian prime minister Lon Nol, confirmed that his country would like to see Thai troops taking charge of defence of certain cities in Western Cambodia including Siemreap and Battambang.″  

Vous qui êtes des intellectuels devriez méditer sérieusement sur ce que M. Phillipe Devillers écrivait dans ″le Monde Diplomatique ", numéro de Juillet I970 : " La classe des mandarins, compradores et militaires du Cambodge, qui forme la base sociale du régime du I8 Mars, est tombée, comme son homologue laotienne, dans une dépendance totale de l'étranger et ne peut plus espérer conserver 1e pouvoir et même survivre en tant que classe sans soutien. 

"Comme au Viet Nam depuis 1946, l'invasion étrangère suscite la résistance nationale et la guerre populaire, et déjà, la gauche cambodgienne rappelle qu'en 1885-1887 la paysannerie khmère, obéissent aux directives secrètes du Roi Norodom, sut mener –et gagner- contre les Français une vaste guerre populaire. Appliquant sa politique d’″asianisation" des responsabilités, le président Nixon laisse ses alliés de Saigon et de Bangkok agir ″selon leurs intérêts nationaux″, c'est-à-dire rétablir à Phnom Penh le protectorat commun établi en 1845, dont la France avait en 1863 libéré le Cambodge. 

"C’est cette fois par les Etats-Unis que le Cambodge est de nouveau livré à ses ennemis séculaires, comme le prince Sihanouk l’avait prévu dès 1957."

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*  *

Devant de tels faits vous devriez secouer, réveiller votre conscience. (…) Regardez nos paysans: il est vrai qu'ils ne sont pas aussi "instruits" que vous, mais ils possèdent une conscience nationale et patriotique bien plus clairvoyante que la vôtre. Nos paysans ne prennent pas le blanc pour le noir et le noir pour le blanc. 

(…)  Notre peuple khmer sait à quoi s'en tenir quant à la nature de l'Impérialisme et du Capitalisme U.S. Ces derniers ne sauraient vous ″aimer". Bien au contraire, ils vous méprisent grandement. Malgré qu'ils le cachent quelquefois pour "raison tactique″, ils n'ont que mépris et dégoût pour les renégats asiatiques et autres qui leur livrent leurs pays afin qu’ils y établissent leur "Empire".

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*   *

(...) Notre peuple, heureusement, n'est jamais tombé dans un égarement, une aberration comme les vôtres. 

Méditez bien sur ce que le grand journaliste américain, Richard Dudman, a écrit tout récemment dans les grands organes de la presse internationale concernant le patriotisme et la clairvoyance de notre peuple, en particulier de nos paysans. 

Mr. Dudman, ainsi que deux confrères canadiens, sont allés en zone libérée, en Cambodge indépendant placé sous l'égide du Front Uni National du Kampuchea. 

Partout où il est passé, il a constaté que notre peuple considérait (à juste titre) l'Impérialisme américain, chef de file du Monde dit "libre", comme étant notre ennemi No I. 

Dans le journal Saint-Louis Post Dispatch, Richard. Dudman écrit: "At each village an angry-faced crowd of men and women gathered and climbed the tailgate of the truck for a look at the hated Westerners….  Several hundred villagers had gathered … Fists and hands hit and shoved us from both sides. "Beat the Americans to death", the people shouted angrily". 

Votre propagande s'efforce très vivement de cacher les réalités de chez nous. 

Vos journaux et votre Radio, à Phnom Penh, proclament sans pudeur et sans honte que le peuple khmer "suit" vos patrons Lon Nol-Sirik Matak qui ont vendu le pays et son indépendance aux impérialistes américains.  Vous affirmez mensongèrement que notre peuple refuse obstinément de se rallier au Front "fantomatique" de Sihanouk. 

Quoique vous fassiez, n'espérez pas que le monde extérieur accorde le moindre crédit aux mensonges éhontés de la propagande de votre clique. 

Le monde entier s'est passionné pour les révélations suivantes de Richard Dudman :

"We were observing the welding together of the local population with the guerrillas. The peasants were turning to the fighters as their best friends. We felt that this held the most serious significance for American policy…

"At each house where we stopped the villagers appeared to offer willing co-operation and friendship to the guerrillas…

 "Our guard told us repeatedly of "the solidarity of the peoples of Cambodia, Viet Nam and Laos, and of their unified struggle that will continue until all Americans are driven out and all of Indochina is free and independent. They represented Norodom Sihanouk as a key figure in this partnership.

"… Several guerrillas told us in almost identical words: "to live without our freedom and independence is as good as being dead".

(…) Richard Dudman conclut en ces termes: "At each plantation or farmer's hut... Beth, Mike and I we have seen evidence of allegiance to Sihanouk and of its counterpoint-extreme hatred of the United States and President Nixon.

"American shells and bombs mean to Cambodians that the U. S. is waging unprovoked, colonialist war against them. They see America as a would be successor to the French, trying to turn back the clock of history in the face of a swelling spirit of Asia for Asians...  The attitude of the villagers we saw indicated clearly that Sihanouk remains a highly popular leader in Cambodia."

Ce témoignage, vous ne pourrez pas le réfuter face au monde parce qu'il n'est pas le fruit de la propagande de mon gouvernement mais est celui d’un Américain, citoyen d'un pays dont dépendent Lon Nol-Sirik Matak et leur clique. 

Cette clique et vous-mêmes faites des efforts inouïs pour me discréditer aux yeux de notre peuple et du monde par des calomnies monstrueuses et des accusations des plus injustes.  

Mais vous avez tort de croire que notre peuple est incapable de discerner le vrai du faux et le faux du vrai. 

Vos journaux et votre Radio s'efforcent de faire croire que je suis désespérément seul, n'ayant aucun partisan, et ne représentant que moi-même. 

Mais l'opinion internationale sait que nos paysans me sont restés fidèles, comme l'a remarqué Richard Dudman. (…) 

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LA CALICE JUSQU'A LA LIE …

Première Partie

 

CHAPITRE  9

APPENDICE Additionnel

 

Mes lecteurs trouveront ici le texte complet d'un câble "Associated Press", envoyé de Phnom Penh le 26 Juillet 1970 sous la signature de Hugh A. Mulligan.

"L'histoire, comme disent les Américains, que rapporte M. Mulligan, est un exemple presque sans précédent de l'intoxication dont un journaliste, représentant d'une agence ordinairement sérieuse, ait pu être victime. Mes commentaires suivent.

Voici son câble:

A.P. ., Phnom Penh, July 26, 1970, by Hugh A. Mulligan:

In letters home from Peking, ousted prince Norodom Sihanouk has provided friends and family with what he thinks is the current communist master plan for Cambodia. Source close to the royal family said that in military terms the prince speaks of a strong North Vietnamese presence in Cambodia for a year, including the three months since the war began, to recruit and train a local communist underground, similar to the maquis, the highly efficient French underground resistance movement of World War Two. On the political side, the prince writes, so the sources reveal, that the communists ultimately want to negotiate a partition of Cambodia into a Communist North and a Government-controlled South along a line running West from the Thailand border, through Battambang, the country's second largest city, through the rich rubber plantation country to the South Vietnamese border at Binh Long.

Thus Cambodia, like Korea, Vietnam and, in an earlier day Germany and Ireland, would become two separate countries, geographically divided but emotionally united by a smouldering issue of partition.

The sources declined to reveal that part the prince hopes to play in all this, but, it is known from his radio talks that he has not abandoned hope of making a comeback and reversing the March 18 coup that overthrew his neutralist but left-leaning Government.

Embassy sources in Phnom Penh say a strong pro-Sihanouk faction in the French cabinet is manoeuvring, so far without the blessing of President  Pompidou, for a graceful return of Sihanouk via Paris instead of Peking. One version envisions a communist inspired popular uprising installing the Queen Mother Sisowath Kossamak Nearireath as head of State and her son, prince Sihanouk, returning from Paris in a subdued role, at least for a time.

During Sihanouk's regime, the Queen Mother had a serious falling out with her son over his marriage to Monique, the star of many of his movie films, whom she refused to allow inside the grounds of the Royal Palace.

The Queen Mother, however was shocked by the coup that overthrew her son and infuriated by the new government's propaganda for proclaiming a republic. Relations between the monarchy and the Lon Nol government hit rock bottom last week when the 68-year-old Queen Mother was evicted from the gold and green glittering Royal Palace complex and installed in a small house that once had been a museum for her son's gifts from Heads of State around the world. The partition line drawn by Sihanouk in his letters, so the Palace sources say, would run from Battambang along the Southern shore of Lake Tonlé Sap, with its rich fishing grounds, through Baray and Srok Stung Trang to the Snuol rubber plantation on the South Vietnamese border. Thus the current Government would wind up with Phnom Penh, the Capital and largest city, the Mekong river port city of Kompong Cham and everything South, including the deep-water port and oil refinery at Kompong Som, formerly Sihanoukville. The communists would control the rich-rice growing areas around Battambang, the timber-producing areas in the North and the rubber plantations East of the Mekong in addition to the fresh-water fishing industry. Perhaps most significantly, they would also end up with the architectural splendours of Angkor Wat, site of the ancient Kingdom of the Khmers and the sentimental site for a new Capital.

Sihanouk writes, according to Palace confidants, that the North Vietnamese political cadres already have begun to recruit a Cambodian underground in the Northwest and have installed a powerful radio transmitter in the jungles near the ruins of Angkor-Wat. Peculiarly, the plan lays almost no emphasis on the Khmer Rouge, the “shadowy” Cambodian communist organization that denounced Sihanouk before his overthrow.

It is known that Sihanouk, always an indefatigable correspondent, has been in constant contact with his family and friends since going to Peking. With the help of highly placed French friends he has managed to smuggle letters in and out of Phnom Penh without going through the tough censors in the Cambodian post office.

The prince, always flamboyant, was described by his friends who had seen the letters as being in good spirits, excellent health, but "angry, impatient end homesick". 

Mes commentaires :

1°/ Je n'ai envoyé de Pékin, à partir du 18 Mars 1970, de correspondance qu’à Sa Majesté la Reine ma mère. Dans ces lettres, qui pouvaient évidemment tomber entre des mains ennemies, je me suis rigoureusement abstenu de traiter de questions politiques ou militaires. Je n'ai jamais écrit à des amis (?) ou des membres de ma famille (?) dont j’avais toutes les raisons de me méfier (dans la situation où je me trouvais, on n’a  plus d'amis -en dehors du "petit peuple", et plus de parents “sûrs” – beaucoup  m’ont en effet trahi...).

Il est évident que je n’allais pas risquer de révéler aux gens de Phnom Penh des informations concernant les plans des forces de libération. 

2/ Le plan de "partage" du Cambodge entre "un nord communiste" et  un "Sud lonnolien" évoqué par M. Mulligan est évidemment  invraisemblable. Il n'en a jamais été question du côté du FUNK et du GRUNK - comme je l’ai écrit depuis le début de la guerre et jusqu’à la fin de celle-ci (1970-1975).

Par contre, ce "partage" aurait bien fait l’affaire des Lonnoliens qui, en quelques mois de combats, avaient déjà perdu irrémédiablement cinq provinces et plusieurs districts et communes de notre pays.

Las forces de libération, ayant le vent en poupe, n'avaient aucune raison de chercher une solution comportant la division du Cambodge.

Les Lonnoliens, réduits à une défensive toujours plus difficile, avaient  au contraire toutes les raisons de souhaiter un partage, qui leur eut évité le pire.

Il est donc clair que M. Mulligan, dont le sens critique semble avoir été … très faible, a reproduit sans contrôle les "confidences" ultra fantaisistes des services spéciaux de Lon Nol - ou de la C.I.A. 

3/  Contrairement  à ce qu’écrit M. Mulligan, j’ai bien fait savoir à cette époque - urbi et orbi - que je renonçais à reprendre le pouvoir chez nous. 

4°/ L’histoire selon laquelle le gouvernement français, moins le Président Pompidou, aurait envisagé une solution pour me ramener provisoirement au pouvoir, sous l’autorité de la Reine ma Mère devenue chef de l’Etat, me semble ridicule et je doute fortement qu’un seul responsable français ait imaginé une telle combinaison vouée à l’avance à l’échec.         

5°/ Autre fable : celle selon laquelle Sa Majesté Sisowath Kossamak aurait été hostile à ma femme Monique. Celle-ci est allée souvent au Palais présenter ses hommages à la Reine et la servir. Quand Monique a été malade, ma Mère lui a rendu affectueusement visite pour la réconforter. 

6°/ Sous le "règne" de Lon Nol, il a fallu à mon vieil ami le Dr Riche, médecin de la famille royale et le seul français à pouvoir approcher S.M. la Reine, des ruses de Sioux pour faire parvenir à celle-ci de courts billets - complètement apolitiques -de moi.

Quant au projet (qui comme je l'ai dit, n'a d'ailleurs jamais existé) de "partage" du Cambodge, comment aurais-je pu le confier à un homme qui, malgré sa sincère et profonde affection pour moi, n’aurait sans doute jamais accepté de le transmettre ? 

7°/ Les soi-disant "amis" qui auraient vu mes prétendues "lettres politiques" ne peuvent, à l’évidence, qu’être les agents de Lon Nol et de Sirik Matak... ou les agents de la C.I.A. - en fait des gens acharnés à me nuire et  dotés d’une fertile imagination. Ces gens là sont méprisables ... 

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