LES FRONTIÈRES DU CAMBODGE
PREFACE
de S.A.R. le Prince Norodom Sihanouk
Chef de l'Etat du Cambodge
Quiconque s'intéresse quelque peu au Sud-Est Asiatique sait que, pendant une très longue période le Cambodge fut une puissante nation englobant le bassin du Ménam et celui du Mékong. Les monuments et les sites angkoriens, les importantes communautés khmères peuplant certaines provinces de la Thaïlande et du Sud-Vietnam, demeurent les témoins indestructibles de l'histoire.
Nos siècles de gloire et nos siècles d'épreuves, nos luttes désespérées contre les envahisseurs de l'ouest et contre ceux de l'est, l'amenuisement de notre territoire national, l'intervention de la France et l'établissement de son protectorat sont aujourd’hui bien connus. De nombreux savants se sont penchés sur notre passé et ont publié leurs remarquables travaux.
Mais aucune étude des frontières actuelles du Cambodge, de leur établissement, de leur portée juridique, de la valeur des titres de souveraineté de nos voisins sur les anciennes provinces khmères n'avait encore été effectuée. On peut s'en étonner car dans un monde où les Etats s'efforcent d'appuyer leurs attitudes politiques sur des arguments juridiques, une telle étude permet de mieux mesurer la valeur de certaines prétentions et de mieux comprendre certaines réactions de défense.
C'est à cette entreprise, dont l'intérêt ne saurait nous échapper, que s'est consacré Monsieur SARIN CHHAK. Elle comportait bien des risques, en particulier celui de se laisser emporter par un esprit subjectif, de faire preuve d'un parti pris somme toute compréhensible. Or je suis heureux de constater qu'il a conduit ses recherches avec le souci exclusif de ne présenter que les faits et les documents d'une authenticité scientifique incontestable.
J'ai pu suivre l'auteur dans son travail méthodique de dépouillement des archives et connaître les difficultés qu'il lui fallut surmonter pour accéder à des documents rares et souvent peu accessibles. Aussi puis-je rendre hommage à sa puissance de travail, à son sérieux, à sa ténacité, toutes qualités qui font les vrais chercheurs.
Le résultat en est un ouvrage modéré par le ton, mesuré par ses jugements, précis par sa documentation qui porte indiscutablement la marque de l'honnêteté et de la probité intellectuelle. Aussi je tiens à féliciter très sincèrement Monsieur SARIN CHHAK et à souhaiter que sa thèse prenne place parmi les classiques de l'histoire du Cambodge.
le 1er décembre 1965
NORODOM SIHANOUK
